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Pour ses vacances, Stéphane jeune trentenaire informaticien de métier a décidé de quitter la petite couronne parisienne pour rejoindre les forêts verdoyantes périgourdines. Il a choisi cette région après avoir vu un reportage à la télé, c'est ce mélange entre richesse du patrimoine, paysages, et loisirs de plein-air qui l’a séduit. Il tente de réserver un hébergement dans le coin le plus touristique, en bon parisien, il faut qu'il se retrouve avec ses congénères. Malheureusement pour lui, ces derniers sont passés par là avant lui. Va t-il devoir renoncer à ces vacances-là ? Il regarde la carte de la région, et jette son dévolu sur une petite ville éloigné du triangle d’or d’environ une heure. Faire une heure de route autour du périph’ ne l’a jamais tué, alors une heure de départementale ne devrait pas lui faire peur. C'est la première fois qu'il prend des vacances dans l’hexagone. D’ordinaire il part à l’étranger ou dans les îles. À l’image de sa vie en ce moment, les plages de sable blanc qui le faisaient rêver plus jeune commencent à se vider de sens pour lui. C'est donc par une belle après-midi de Juillet que sa compacte entre dans cette petite ville de Dordogne. Une cité clichée, digne des films faisant l’éloge de la douce France des années 60. Les aînés circulent en 2cv, à croire qu'ils les ont sorti des granges pour les touristes, mais non. C’est idiot, mais ces petits détails, comme la partie de boule qui se déroule sur la place centrale sous les platanes, lui mettent la pêche et la banane. Il va se présenter à l’hôtel qu'il a réservé, un hôtel avec piscine, mais en voyant la chambre et son papier peint à fleur il se dit qu'il a du se faire arnaquer. Quand il demande où est la piscine, le patron lui répond : derrière dans la cour du restaurant. Effectivement une piscine datant des années 60 bleuie la cour de cet hôtel restaurant. Sa voiture vidée, il explore cette petite ville épargnée par toute vague de touristes, quelques égarés comme lui, tout au plus. Au moins trois ponts enjambes la Dordogne qui semble apporter beaucoup de quiétudes à cette cité. D’ailleurs pourquoi se sent-il si bien ici ? Après y avoir réfléchi voici ses conclusions.
_La verdure omniprésente tranche avec la grisaille parisienne
_Le bruit de l’eau qui coule près du moulin à eau a quelque chose de rassurant, comme si ça lui ravivait de vieux souvenirs.
_Les gens qu'ils croisent marchent, à Paris ils court, d’ailleurs il se surprend lui-même a dérouler davantage ses hanches. Tiens les cours de méditation de pleine conscience livreraient t-ils enfin leur fruits ?
Dans une revue scientifique il a lu que le vert apaisait l’homme, et ce alors que nous étions encore chasseur cueilleur, il en est certainement de même pour le bruit de l’eau pense Stéphane. L’homme nomade devaient avoir tendance à établir leur camp près des cours d’eau, du coup le bruit de l’eau est synonyme de sécurité, d’abondance, et cela s’est inscrit jusque dans nos gênes. Pour ce qui est des marcheurs, l’homme est une éponge, si il croise quelqu'un présentant un stress important, il va en absorber une partie, à l’inverse si il ne croise que des gens apaisés, il va naturellement s’apaiser. Lorsqu’une personne pique une crise de colère n’est-il pas recommandé de lui parler calmement, pour que sa respiration se cale sur la nôtre ? Les clichés maintenant : tous ceux qu'il croise, lui disent bonjour, alors il leur emboîte le pas. Aucun immeuble ne vient faire de l’ombre aux rayons du ciel, qui du fait semble plus large que celui de Paris. Après sa balade, le patron, depuis son comptoir lui demande ce qu'il fait, d’où il vient.
_Je suis parisien, et informaticien
_Informaticien ? Vous réparez les ordinateurs ?
Stéphane répond oui par facilité, car expliquer son travail à un néophyte serait épuisant. N’allez cependant pas croire qu'il le prend pour un con, c'est juste qu'il a déjà tenté de le faire, et personne n’a jamais compris du premier coup.
_Ah ben ici vous feriez fortune !
_A ce point ?
_Ah oui, y a personne qui le fait en tout cas, il faut aller sur Périgueux pour ça, moi quand j'ai un problème ils me facturent le déplacement, et pas qu’un peu, et quinze jours après ça retombe en panne ! Vous auriez assez de clients pour vivre pour sûr, sans compter sur les villages environnants.
_Parce que vous avez des problèmes informatiques là en ce moment ?
_Oui un problème de caisse, impossible de les synchroniser j’ai trois postes, je peux encaisser que sur un.
Une demi-heure plus tard Stéphane a réglé le problème. Le patron lui offrira le repas du soir, et à la carte svp ! Stéphane n’avait absolument pas prévu de toucher à un ordinateur pendant ses vacances, mais pourquoi y a t-il pris du plaisir ? Voilà deux ans qu'il ne peut plus en voir un en peinture et là, il retrouve le plaisir d’en triturer un. Parce que le patron l’a remercié, et a reconnu son travail à sa juste valeur, il a résolu un problème qui lui compliquait la vie. Le lendemain, c’est canoë et visite du château de Beynac et retour à sa voiture en vélo de location, journée sportive donc. La nuit n’est pas encore tombée lorsqu’il rentre et remarque un local commercial fermée. La devanture possède encore les traces de l’ancienne devanture, un ancien pressing visiblement. Le patron de l’hôtel l’accueille avec sourire.
_Bonjour, ah au fait votre réparation tiens toujours, on gagne un temps fou merci encore. Si je peux faire quoi que ce soit.
Cette remarque fait disparaître une partie de sa fatigue physique. Le patron lui fait goûter son meilleurs vin, à l’œil, parce que ça lui fait plaisir, et il ne le laisse pas se coucher comme ça, il l’invite ensuite au bar d’en face, il y a une soirée musicale. Un bœuf un peu anarchique, mais le genre de soirée qu'on n’oublie pas. Stéphane fut guitariste à l’*********ce, mais depuis qu'il travaille, il n’a plus le temps de gratter les cordes, mais ce joyeux bordel lui en a redonné envie, assurément. Tout le monde se parle, échange si bien qu’à la fin de la soirée tout le monde se connaît. Le lendemain matin, le réveil est un peu difficile car teinté d’une vague gueule de bois. Bon les visites en voitures, il va peut-être éviter pour aujourd’hui. Après le petit déjeuner il regarde les parties de pétanques sur la place centrale, les enfants jouer à chat, et les chats éviter les enfants. Il se sent chez lui. L’homme n’est pas fait pour travailler 35h par semaine dans un bureau pense t-il en regardant tout ce petit monde prendre du bon temps. Même les commerçants sont de la partie, certains employés de boutique relaient leur patron, pour que chacun tâte du cochonnet. Au milieu de ce bouillon de vitalité, il y a cette boutique au rideau de fer fermé, qui dénote. En s’approchant il parvient à lire les traces de l’ancienne enseigne : pressing. Bizarre, il reste là, tel un papillon éblouit par un néon, il fini par se demander ce qu'il fou là. Et si cette boutique c'était son ticket de sortie de Paris ou d’entrée dans cette petite ville de province ? Gentiment il demande à un vieux spectateur de la partie de boules assis sur un banc si il sait à qui elle appartient.
_Ah oui c’est à Roger, ah ben celui qui va tirer là. Il est à la retraite maintenant, et pis un pressing y en a un dans la nouvelle galerie de l’Intermarché alors pour retrouver un repreneur un, bonjour.
C’est complètement con, d’attendre ce type pour lui demander si il vend, alors que personne ne voudra lui prêter d’argent, aucune banque, il n’a pas un radis de côté. Pourtant il ne se voit plus retourner à Paris, ce n’est pas qu'il ne veut plus, c’est que pour lui no future to Paris, c'est comme ça il le sent.
_Vous voulez la visiter la boutique, je vous préviens elle est vide, j’ai revendu les machines.
_Oui, mais ce serez pas pour un pressing, alors peu importe. Ce serait pour une boutique d’informatique, réparation etc vous voyez.
_Bonne idée, très bonne idée même ! Vous savez que la mairie peut vous aider à vous installer, les banques mêmes. Y a des mesures qui ont été prises pour que le centre ville ne soit pas déserté. La banque d’ici vous accueillera à bras ouvert en plus de ça. Je vais chercher les clefs dès qu’on leur a mis la pâté, je vous montre ça.
Roger et son équipe a perdu finalement, mais peu importe, il a bu un canon à la victoire de ses adversaires. De retour avec les clefs du local, il se trouve que ce dernier est propre, les mûrs ne sont pas massacré, il suffit juste de mettre un comptoir, et il pourra se faire son atelier dans l’arrière boutique ; un gling-gling à la porte d’entrée pour l’avertir de l’arrivée des clients et basta pour commencer. Il s’y voit, mais il n’a jamais été patron, et ne sait pas ce que c'est de demander un crédit. Il se trouve que le conseiller financier de Roger joue aux boules actuellement, une partie de plus à regarder et qui sait, le seul truc c’est qu’on est dimanche. Roger interpelle le fameux banquier.
_Ne prenez pas mal ce que je vais lui dire Stéphane, c'est pour le faire venir. Hey Mathias, j'ai un client du Dimanche pour toi, tu peux venir voir cinq minutes ?
_Je fête ma victoire, moi et après je suis à vous.
_Il va venir vite, il n’aime pas trop boire.
Par politesse, il les rejoint le verre à la main, au lieu de les faire poireauter.
_Ah ! Mathias ! Je te présente Stéphane, il est intéressé par ma boutique, mais il n’a aucun apport, aucun bien à hypothéquer, enfin il est jeune quoi.
_Sa boutique ? Pour y faire quoi ?
_Une boutique d’informatique, réparation et vente lui répond Stéphane
_Dans ce cas il faut voir ça avec le maire en premier, il peut vous proposer des aides, et en fonction de ça je pourrais vous monter un financement plus affinés. Le Maire doit pas être loin attendez, dis Bernard t’as pas vu le Maire ?
_Jean-Claude ? Si ! Il est à l’intérieur du bar.
Mathias salut le Maire en lui expliquant le projet, Stéphane est gêné de le déranger en pleine festivité pour quelque chose qui peut attendre, mais l’élu connaît ses dossiers.
_Bonjour, un nouveau commerçant alors ? C’est simple si vous vous installez en centre ville, avec la région on peut vous obtenir un crédit à 0 % mais sans garantie. Quoi qu'il arrive vous n’aurez pas besoin de faire appel à cet escroc ! Je plaisante ha ha ! Venez demain à la mairie je pourrai vous donner le dossier, ça ne vous engage à rien.
Tout semble plus simple et paradoxalement plus rapide qu’à la capitale dans cette province.
_Ben je ne sais pas, je n’ai pas besoin de personnel, je penses pouvoir tenir tout seul la boutique, donc pas besoin d’employés, après je ne sais pas ce que ça représenterait en charge.
_Tout dépend de vos bénéfices, mais ne vous affolez pas une fois en activité on peut toujours s’arranger sur les charges locales du moins. On ne vous laissera pas tomber. Vous avez un emploi actuellement ?
_Oui, un emploi de bureau.
_Si vous avez droit à des formations inscrivez-vous à une formation de création d’entreprise, et une fois les choses engagés ici, vous démissionnez et j'ai envie de dire bienvenue chez nous.
Tout va très vite, mais tout lui semble si évident. Oui c'est ce qu'il va faire une formation, démission et hop retour ici. Ses vacances vont ressembler à un brainstorming géant, mais c'est pas grave. Ok, un déménagement, mais que va t-il en être de sa famille et de ses amis desquels il va s’éloigner ? Aussi bizarre que cela puisse paraître, ça lui semble secondaire. En procédant étape par étape Stéphane en vient au logement, où va t-il loger si la vie l’amène à vivre ici ? Il y a quelques chambres à louer sur internet en attendant de trouver mieux, les prix n’ont décidément rien à voir avec celui de son loyer parisien, sans compter que n’importe quelle chambre d’ici s’avérera plus grande.
Stéphane a donc consacré sa journée à ce nouveau projet : une matinée à la mairie pour récupérer et éplucher un dossier de demande de financement, et l’après-midi renseignement sur les logements disponibles dans la région. Le temps est venu pour ses vacances de reprendre leur cours : visites etc.
Toujours dans la première semaine de ses vacances, Stéphane contact tout de même un collègue syndicaliste pour l’aiguiller sur son droit à la formation. Il lance les démarches pour débloquer ses droits et s’inscrire à la prochaine formation lié à la création d’entreprises. Stéphane ne se laisse pas le choix, il avance dans son projet au pas de charge. Le reste de sa semaine est faite de visites, tout comme la première moitié de la seconde. Il se sent comme dans son berceau ici, alors il décide de rester dans la ville, fais le marché, mine de rien il commence à faire partie du paysage maintenant. Il a désormais intégré l’équipe de pétanque de Roger. Ils ont un esprit de compétition très relatifs, puisque même les membres de l’équipe adverse en voyant sa maladresse notoire lui donnent de précieux conseils techniques. Assez vite il remarque que la pétanque est un prétexte pour dépenser les calories qu'ils vont prendre au bar en fêtant ce qu'ils vont trouver à fêter. Aucun n’est alcoolique, tous peuvent se passer d’alcool et prendre un jus de fruit ou autres, mais c'est quand même mieux quand la gorge chauffe un peu. Le parisien voit dans le campagnard quelqu'un de rustre et peu tolérant, et en fait c'est tout l’inverse, il n’y a qu’à regarder l’histoire de la région pendant la seconde guerre mondiale. C'était pas trop le genre à dénoncer les juifs, même si des rafles ont eu lieux, le maquis était tout de même fortement occupé par des maquisards pas toujours français : des espagnols, des géorgien ayant échappé à l’armée Allemande, des russes ayant fuis le communisme et se retrouvant presque malgré eux dans des cellules… communistes. Pas mal de villages environnant ont vu les allemands débarqués et abattre quelques uns de ses habitants en représailles contre des résistants locaux ayant abattus ou enlevé un des leurs. Stéphane s’y est intéressé grâce à internet, mais en parler aux aînés est encore un peu tabou. Les habitants étaient globalement des soutiens aux maquisards, peu ont parlés, même sous la torture, en revanche les préfets, certains policiers ont fait de mauvais choix. Si c'est tabou c’est parce que les vieux, enfants à l’époque ont vu certains de leur parents partir aux STO de force. Une brigade allemande la Brehmer a même été crée pour mater la résistance dans le coin, c'est dire. Si un village tuait un soldat allemand, cette fameuse brigade venait parfois brûler le village comme à Rouffignac en Mars 44, rafler les juifs qui s’y cachaient, et emmener tous les hommes valides au STO. Autrement ils emmenaient tous les hommes au STO, paradoxalement les actions de cette brigade ne faisaient que attiser l’esprit de solidarité et de résistance des habitants. C'est dans ce même esprit que Stéphane se dit que c'est peut-être pour ça qu'il n’y a que dans les grandes villes que l’on trouve des SDF. Ici des miséreux il y en a, mais ils ont un toit, et on trouve toujours quelque chose à leur faire faire pour qu'ils fassent partie intégrante de la vie locale.
En ce qui concerne les gendarmes, ça ne leur viendrait pas à l’idée de contrôler l’ouvrier qui a garé sa voiture place de l’église à la sortie de son travail, et qui la reprend à 22h un peu plein pour rentrer chez lui à 500 m de là pour ne la reprendre que le lendemain matin à jeun. Ils seraient vicieux si ils s’amusaient à faire ça, vicieux mais efficace, parce que le vendredi tout le monde y passerait. Mais ils ne le font pas, eux aussi sont au bar, point d’alcool dans leur verre, mais ils préfèrent être bien vu , pour intervenir lorsqu’un cambriolage ou un conflit de voisinage a lieu. Les alcootests ils en font, mais seulement lors des grandes fêtes, ils se mettent à la sortie de la ville et prennent ceux qui ont des km à parcourir sur les routes sinueuses. À l’évidence, ainsi ils ont sauvé des vies en embarquant certains allumés dans leur fourgonnette le temps d’une suppression de permis et d’un dégrisement.
Ces gendarmes n’appliquent pas tout ce que leur demande leur ministre, certaines de leur demande sont même à leur yeux digne d’une dictature, mais bouche cousu pour eux, ils ferment les yeux, mais dorment sur leur deux oreilles. Ils n’embarqueront jamais Sylvie qui vient se beurrer la gueule après avoir mis ses enfants aux lits. Elle a perdu son mari l’année dernière, une crise cardiaque, et on ne sait pas si c'est le manque d’affection ou le chagrin qui la pousse à boire plus que de raison et de se la jouer femen passer un certain taux dans le ****. Ils lui font la moral à chaque fois, lui demande de se rhabiller, de rentrer calmement chez elle. C'est toujours le patron du bar qui les appelle quand elle commence à se plaindre qu'il ne veut plus lui vendre de verre. Le mieux serait de ne pas lui vendre le premier lui a suggérer un gendarme, mais il a bien essayé, mais elle pleure, se plaint, c'est pas une vie pour les autres clients.
_Rentrer calmement chez elle ?! Plutôt crever, mort aux vaches, mort aux vaches.
Voilà ce qu'elle leur dit en général, en tout cas le soir où Stéphane assiste à l’une de ses scènes.
Il se dit qu'elle va finir plaquer au sol et menotté. Au lieu de ça, les bleues laissent leur seule collègue femme négocier avec elle.
_Qu’est-ce qu'il y a Sylvie, ça ne se passe pas bien avec l’assistante sociale ? Tu le sais pourquoi on ne t’embarquera pas.
_Non, pourquoi ? Emmenez-moi avec vous.
_Non, parce que si on t’embarque on va devoir faire un rapport, et les services sociaux vont s’en mêler et ils vont vite voir que tu as un problème avec l’alcool, et tes enfants Sylvie, tu comprends ? Tu les aimes tes enfants ? Et ils t’aiment aussi.
_Oui je sais.
_Et on les aime aussi tes enfants, et toi aussi on t’aime quand tu ne bois pas.
Et ceux de l’assemblée qui la connaisse rajoutent
_Nous aussi on t’aime Sylvie, mais pas quand tu fais ça quoi.
Alors elle sèche ses larmes, et fini par rentrer.
Le patron de l’hôtel s’adresse à Stéphane
_Ah désolé que t’ai vu ça, mais malheureusement y a des gens c'est pas facile de les aider, c'est pas facile pour elle, mais elle refuse l’aide qu’on lui propose. Enfin à Paris tu dois en voir aussi.
_A Paris ils ne font pas comme ça, ils embarquent.
_Elle n’est violente qu’envers elle-même, ses enfants n’ont rien à craindre
L’ambiance de la soirée ne repartira pas, petit à petit chacun rentre chez soi et la place se vide, le village s’endort.
Au moment de partir Stéphane va revoir Roger pour lui dire qu’il est toujours intéressé et qu'il s’est inscrit à une formation de création d’entreprise.
_Ne t’en fais pas Stéphane, fais ta formation, je te rappelle dans un mois pour savoir si tu es toujours aussi déterminé, et tu me feras une offre à ce moment-là. C'est bon pour toi ? Ah oui,et pour ce qui est du logement, je ne te promet rien, mais j'ai peut-être une solution. Tu n’as rien contre une colocation au départ ?
_Non lui répond-il.
_Bon, on se tient au courant ok ? Bon retour et bon courage Stéphane
Alors le voilà qui reprend sa voiture pour se retrouver six heures plus tard sur un périphérique parisien bondé, malgré l’heure tardive. Le cauchemar, dire qu'il a passé sa vie là-dedans, il se sent comme la princesse Raiponce, enfermée dans un endroit alors qu'il ignorait l’existence du reste du monde, le vrai. Paris a été crée par l’homme il y a longtemps, petit à petit il a construit par dessus d’anciennes constructions, il a conquérir d’autres territoires, si bien qu’aujourd’hui Paris a vaincu la nature. Les villages sont construit par l’homme, qui au fil du temps a veiller à ne pas trop accroître son territoire, pour ne pas perdre de vue qu'il vit sur une planète hôte et non l’inverse. Il n’y a que création de l’homme autour de lui : voitures, routes, bâtiment, le ciel même est recouvert d’un voile grisâtre dû à l’activité humaine, la nuit la pollution lumineuse est si importante que les étoiles sont invisibles. Stéphane a découvert son berceau et ne souhaite qu'une chose, c'est le retrouver. Un mois de travail, avant que sa formation ne commence, courage. Son collègue lui en a dégotter une sur Bordeaux, n’habitant pas encore la région, l’hôtel lui sera remboursé.
En attendant, sur Paris, ses copains, les gens qu'ils croisent, décidément plus rien ne le retiens, il a dû prendre un sacré coup de vieux pour rêver d’une partie de pétanque ! Stéphane a besoin de revenir aux racines à défaut de revenir aux siennes ; son grand-père était agriculteur dans la Beauce, est-ce sa mémoire cellulaire qui l’a fait chavirer pour la campagne ?
Un mois après avoir franchi la petite ceinture, Stéphane et sa valise se retrouvent gare Montparnasse, en partance pour Bordeaux. C'est par un lundi pluvieux que débute sa formation, car comme le dis la chanson « les lundi au soleil c'est quelque chose qu'on ne verra jamais ». Il pénètre dans un bâtiment qui tient plus d’une vieille entreprise de photocopieurs qui aurait pris la poussière que d’un lieu d’enseignement : « pas très engageant de venir ici pour apprendre à créer une entreprise rutilante » pense t-il. Quelques personnes attendent déjà devant une porte rouge avec un panneau indiquant le nom de sa formation. Tous en costard cravate sauf lui, jusqu’à ce qu’une jeune femme ne sorte de l’ascenseur à bord de son fauteuil roulant électrique. Stéphane remarque immédiatement son handicap, enfin ses multiples malformations plutôt. La première chose qu'il remarque, c'est qu'aucun bras ne ressort des courtes manches de son haut noire, mais seulement des mains. Ses jambes semblent un peu courtes et ses pieds nus sont tout deux tordus à 90 degrés vers l’intérieur, voici qui explique certainement la présence de ce fauteuil roulant.
La vue de ce handicap, fait ressurgir chez Stéphane, une partie de son histoire se rappelant régulièrement à son bon souvenir, dont le plus ancien date de sa petite *******.
Il a entre quatre et *******s, et passe ses vacances d’été chez ses grands-parents, avec son grand cousin, qui a pour habitude de jouer au foot sur un terrain près des bords de Loire. C’est près de ce terrain, alors que son cousin tâte du ballon, que Stéphane remarque une femme en fauteuil roulant, et pour cause, elle est dépourvue de jambe, pas même l’ombre d’un moignon ! Sa curiosité ******ile le pousse à s’approcher d’elle dans un premier temps, puis a lui demander si le fait de ne pas avoir de jambes la faisait souffrir physiquement.
Quand un enfant est intrigué par ses jambes manquantes, ils demandent à leur parents, et ces derniers fuient la question et fuient tout court, gênés. Stéphane est donc le premier à lui poser directement une question, alors elle le regarde, mieux, elle le considère comme un égal, et non comme un enfant qui ne connaît encore rien à la vie. Ce qui la touche chez lui, c'est qu’au lieu de laisser ses questions en suspend, il les pose, au risque de voir une adulte au rire moqueur lui inventer une réponse fantasque, parce que les enfants croient tout ce qu’on leur dit. Non, elle le regarde comme si elle regardait un adulte ignorant que l’on pouvait parfaitement vivre sans jambes, car pour Stéphane un être humain se devait d’avoir ses deux bras et ses deux jambes.
_Non je suis née comme ça, donc je n’ai pas mal. Lui dit-elle
Cette information ne la rend que plus fascinante à ses yeux, lui qui ignorait que l’on puisse naître incomplet. Hormis l’absence de ses jambes, il s’agit pourtant bien d’une femme : elle a de long cheveux, pas de barbe, une poitrine, et sa voix est typiquement féminine. Elle est seule, et s’inquiète d’ailleurs de le savoir seule.
_Non, y a mon cousin là-bas, il joue au foot. Tu fais comment pour jouer au ballon toi ?
_Ah, je n’y joues pas comme toi, mais par contre j’adore nager, et toi ?
Sa fascination pour elle ne faisait que grandir, car malgré son handicap, elle savait faire quelque chose qu'il ne savait pas encore faire : nager.
_Dessiner
_Ah oui ? Et qu’est-ce que tu préfères dessiner ?
_Les arbres.
Stéphane avait toujours au moins un dessin dans sa poche, alors il en sort un et lui montre.
L’étonnement qu'elle manifeste devant la qualité de son dessin est sincère, il faut dire que ce n’était pas la seule adulte à s’émerveiller devant ses œuvres. Dès son plus jeune âge Stéphane arrivait à reproduire sur le papier ce qu'il avait dans la tête. Ses dessins restaient sur les portes de frigidaires des maisons dans lesquelles il passait, ou bien dans les bureaux des médecins, sur les vitrines des petits commerçants où ses parents avaient leurs habitudes etc.
_Il est magnifique cet arbre je penses qu’en continuant de dessiner comme tu le fais, tu seras un grand artiste.
_Je te le donne ! Lui déclare t-il.
Il se rêvait déjà dessinateur, mais au lieu de ça, on préférait qu'il dise vouloir devenir pompier ou policier, comme tous les petits garçons de son âge. Mais un jour à l’école y a un monsieur qui est venu lui montrer comment on faisait une bande dessinée, c'est ça qu'il fera plus tard se disait-il. C'est donc la première inconnue qui admire son travail,alors que lui l’admire toute entière comme un petit garçon de son âge admirerait son institutrice, avec quelque chose en plus tout de même.
_Oh merci, je peux te faire un bisous ?
Il grimpe sur la roue de son fauteuil, pour lui faciliter le dépose d’un baiser sur le front. Sur ce, son cousin ayant terminé sa partie de foot, le somme de le suivre et de laisser la dame tranquille.
_Il ne me dérange pas du tout, au contraire. Rétorque t-elle à son *********t de cousin effrayé
En guise d’au revoir, elle lui lance un clin d’œil complice, alors que Stéphane se fait quelque peu tirer par le bras.
De retour chez ses grands-parents, il questionne sa grand-mère sur cette jeune femme.
_Oui je la connais de vue, mais il faut t’éviter de t’approcher d’elle, sinon tu vas devenir comme elle.
Il sait bien que c'était faux, et n’a qu’une envie : la revoir. Il se demande comment fait-elle pour se coucher, se réveiller, aller aux toilettes etc.
Il n’a jamais revu cette femme, car il n’est jamais revenu en vacances sur les bords de Loire, entre temps son grand-père est décédé, suivi de très près par sa grand-mère emportée par le chagrin.
Cette rencontre a eu des conséquences, puisque dès la rentrée scolaire, les personnages qu’il dessine n’ont plus systématiquement leur quatre membre, et cela pose visiblement quelques problèmes à son institutrice, qui va jusqu’à convoquer ses parents. Il paraît qu’un bonhomme si bien dessiné soit-il se doit d’avoir ses quatre membres de représenter. Ses parents lui demande donc gentiment de dessiner de vrais bonhommes, histoire de ne plus faire de vagues. Le gentil garçon qu'il était accepte ; ses monstrueux personnages ne hanteront plus les feuilles de papiers, mais son imaginaire et ses pensées.
Le deuxième évènement important concernant ce sujet intervient alors qu'il est en CM1, et à la piscine. Stéphane est dans le bassin, appelé comme tous ses camarades à se rapprocher de son institutrice, qui elle, est en dehors de l’eau. Stéphane se retrouve face à ses pieds en train d’écouter ses instructions lorsqu’il remarque que deux de ses orteils sont soudés, et ce sur les deux pieds. il est le seul élève à l’avoir vu, le seul à connaître ce petit détail d’elle, et il tient à le rester. Il prend toujours plaisir à observer les petites particularités de certaines personnes, que seul son regard aiguisé sait détecter. Un autre jour de piscine son institutrice remarque son regard posé sur ses pieds. Elle sait désormais qu'il sait, et lui savait qu'elle savait qu'il savait, point. Quelques semaines plus tard dans les vestiaires des garçons, l’un de ses camarades déclarent avoir observé que la maîtresse a les orteils collés. Il n’est plus le seul à savoir. À la sortie de la piscine un petit groupe d’élève lui demande très finement :
_Maîtreeeeeesse, c'est vrai que vous avez les orteils colléééés ?
Ne sachant quoi répondre, elle bredouille un oui avant de demander la constitution d’un rang. Stéphane était certain qu'elle pensait que c'était lui qui l’avait dit à toute la classe. C'est donc mort de honte qu'il s’installe dans le bus qui le ramenait à l’école. Elle a dû voir qu'il n’allait pas bien, puisqu’elle est venu à sa rencontre pour le rassurer avec ses paroles :
_Je sais que ce n’est pas toi, ne t’en fais pas. Les gens ne réagissent pas tous comme toi Stéphane.
Je suis née comme ça, alors des moqueries j’en ai eu, j’aurai pu me faire opérer depuis, mais j'ai préféré les laisser comme ça.
Au printemps ce petit défaut ne l’empêchait pas de porter des chaussures ouvertes. Ses camarades avaient oubliés ce détail la concernant, pas lui, pour qui ses chaussures estivales sonnaient comme une autorisation d’admirer ses deux paires d’orteils si particulières. Elle le surprenait parfois à les regarder. Elle ne le grondait pas pour autant, mais son regard lui faisait comprendre qu'elle avait compris sa petite perversion. Elle aurait certainement fait le même regard à un homme attiré par l’ouverture de son décolleté. Tout ceci lui était presque sorti de la tête avec le temps.
Cependant, il avait et il a toujours le chic pour remarquer parmi la foule LA personne ayant une petite ou grande particularité physique.
Ici, difficile de ne pas voir celle ou plutôt celles de cette femme. Stéphane note que ses mains, qui ne comptent que deux gros et long doigts et un troisième de taille plus modeste ramifié à l’un des deux autres, présentent toutes les caractéristiques du syndrome de lobster ou ectroactylie. Dans le cas de cette femme, il semble que ses membres inférieures soient également touchés puisque le bas de ses manches de pantalons sont vides. Ses jambes semblent plus courtes que « la normale » et croisé un peu comme si elle était assise en tailleur, le tout avec une courbure peu commune. Ses doigts sont suffisamment grands pour qu’une fois ouverte, l’envergure de sa main soit plus importante qu'une autre. Elle se dirige maintenant vers la porte pour y lire l’écriteau, et murmure un :
_Ah c'est ici cool.
Si Stéphane a pu identifier avec autant de facilité sa pathologie, c'est parce qu'il traîne souvent sur internet à la recherche d’images de femmes présentant une ou des particularités physiques. Au gré des contenus, il lui arrive parfois de tomber sur des vidéos, mais jamais pornographique, ou alors sincèrement sans le vouloir. Ce qui l’intéresse là-dedans c'est de voir comment sont construit ces corps, ainsi il peut les observer sans l’être lui-même. Il faut absolument qu'il réussisse à se mettre à côté d’elle. Il observe le reste des « élèves », comme tout le monde en fait, parce que dans ces cas-là tout le monde s’observe. À l’exception de cette femme aux mains sortant de ses épaules, il est le seul à ne pas être en costard. Par ailleurs les « costareux » ont rapidement formé un groupe compact dans lequel il n’est pas.
_Il fallait venir dans une tenue particulière ? S’aventure t-il
_Non, en tout cas je n’ai rien vu en ce sens. Lui répond elle en souriant, ravi que quelqu'un lui adresse la parole dans cet endroit manquant cruellement de convivialité.
Lui a opté pour un jean bleu, et une chemise blanche, elle, un débardeur noire et une jupe à fleur. Au vu de sa chevelure blonde et de son regard bleu clair, Stéphane n’aurait pas été étonné d’entendre un accent Allemand ou Suédois, mais sa prononciation est bien française. Sa peau est claire, et ses traits fins. Le genre de visage que l’on peut voir sur les publicités de lunettes pense Stéphane. En l’observant il se dit que hormis ses bras et ses pieds tordus, cette femme est physiquement parfaite. Et pourquoi ses malformations la rendrait parfaites ? Il faut bien le dire, ses soit-disant imperfections lui font de l’effet.
_Voilà qui me rassure. Lui dit Stéphane
Certains regards hautains toisent la jeune femme au moment de rentrer dans la salle, mais elle ne semble pas y prêter attention, contrairement à Stéphane qui se contente de fulminer intérieurement. Prudente, elle s’installe au fond de la classe, Stéphane parvient à se placer comme il le souhaitait, à côté d’elle.
_Je peux ? Lui demande t-il
_Oh bien sûr.
_Au fait je m’appelle Stéphane.
_Mathilde enchantée.
Mathilde, puisque c'est son prénom, se tourne sur elle-même pour récupérer son sac à dos accroché aux poignées de son fauteuil. Alors qu'elle se tourne, Stéphane observe que ses jambes bougent mais que ses genoux conservent leur angle de flexion. Une fois son sac entre ses petites mains, elle se retourne jusqu’à pouvoir le poser sur la table, l’ouvrir et en sortir une trousse et un bloc notes. Le formateur entre dans la salle, se présente et voilà les premières choses à noter. Mathilde les notes à la main en avançant au maximum son buste, la position n’est certainement pas des plus confortables, mais elle a l’air habitué. Le cours est barbant, Stéphane n’attend qu'une chose : la pause repas. Quand midi sonne, Stéphane demande à Mathilde si elle connaît un endroit où manger.
_Non, on peut en chercher un ensemble si vous voulez ?
Quelques instants plus tard les voilà dans la rue, prêt à partir à la recherche de quoi manger. Après s’être interrogé mutuellement, c'est sans grande conviction qu'ils jettent leur dévolus sur une célèbre chaîne de restauration rapide dont ils voient l’enseigne au loin. Leur itinéraire les fait emprunter les quais de la Garonne, c'est donc au fil de l’eau qu'ils glissent du vouvoiement au tutoiement. Ils rentrent dans l’établissement, dans lequel des gens peu discret interpellent leur voisin de table comme pour dire regarde ce qui arrive. Là encore Mathilde semble imperméable. Leur repas arrive, Mathilde règle la hauteur de son fauteuil de façon à pouvoir poser ses jambes sur la table. Face à elle, Stéphane a tout loisir d’observer ses pieds si particuliers. Il a beau recompter le nombre de ses orteils, ils retombent toujours sur le même nombre : douze, six à chaque pieds. La nature aurait-elle cherché à compenser le handicap de ses bras en lui octroyant ces orteils surnuméraires ? Ses pieds sont assez large et le fait que ses orteils soient espacées les uns des autres accentuent encore cette impression. Avec ses pieds, Mathilde possède une dextérité semblable à celle de Stéphane avec ses mains. La vue de ces pieds et leur façon si particulière de se mouvoir occasionne chez Stéphane une sensation étrange. Quelque chose se détend à son entrejambe, et une sensation de bien-être envahit le bat de son ventre, jusqu’à ressentir le début d’une érection. Mathilde n’est absolument pas gênée par le fait que ses pieds soit tournés vers l’intérieur, elle parvient à saisir son sandwich en penchant son buste en avant.
_Et dans quel espoir viens-tu faire cette formation ? Lui demande t-elle, voyant que sa façon de manger le perturbe.
_En fait, c'est une longue histoire, c'est pour monter une boutique d’informatique.
Stéphane poursuit par lui raconter ses vacances en Dordogne et sa démission. Son récit terminé, il lui renvoie sa question.
_Eh bien je suis architecte, et je compte monter mon propre cabinet spécialisé dans l’accessibilité aux personnes à mobilité réduite. C'est à dire proposer une expertise de l’accessibilité des projets en cours ou futur.
_Architecte cool.
_Oui, même si je suis monté de travers, je m’intéresse aux constructions bien faite haha.
Stéphane rit de bon cœur et sincèrement à ce trait d’auto-dérision.
_Je ne sais pas si tu es monté de travers, je penses que parfois en architecture il faut se montrer audacieux. Moi je dirai que tu as une morphologie audacieuse, ce n’est pas blessant de dire ça ?
Mathilde éclate de rire.
_Ha non, je crois que c'est la plus belle formule qu’on est employé pour qualifier ma morphologie. Du coup mon entreprise consisterait juste à conseiller, c’est-à-dire à analyser les devis et les méthodes employé par les différents architectes. Ça peut sembler débile, mais il y a tant d’architecte même bien intentionné qui sur un chantier donné vont donner un mauvais avis, une mauvaise expertise. Ma crédibilité ce serait de ne faire que de l’expertise, ce qui fait que 100 % de mon temps serait consacrer à étudier la faisabilité d’un chantier dans des conditions données, et évidemment proposer des solutions pour l’améliorer.
_Eh bien, tu as l’air de connaître ton sujet en tout cas ! Et tu as des associés ?
_Oui un commercial indépendant qui s’occuper de me faire connaître.Et j'ai quelques contacts via le cabinet pour lequel je travaille encore.
_Tu en es venu à ça parce que le manque d’accessibilité te révolte ?
_Non, c’est pas de la révolte ou de la colère. C'est parti d’un constat. Le problème de l’accessibilité ce n’est pas un problème connu, vécu des personnes valides. Donc si un architecte monte un bâtiment et qu’il pense uniquement aux personnes en fauteuil manuel par exemple, et bien les aménagements spécifiques ne suffiront certainement pas à une personne en fauteuil roulant électrique ayant un handicap plus lourd. C'est parfois du détail, mais si c'est prévu avant que la construction en débute, ça ne coûte pas plus cher. Et toi, comment tu vois ta nouvelle vie à la campagne ?
_Je l’ignore, enfin je ne fais pas trop de plan, je vais voir. Tout ce que je sais, c'est que j'ai Paris en overdose, et que vivre dans le centre ville de Bordeaux ne m’attire pas beaucoup plus.
_Tu as besoin de te reposer du bruit de la ville comme on dit.
_Ça doit être ça. Et toi tu vis sur Bordeaux ?
_Oui par facilité, un jour peut-être que ce sera en campagne. Mais ici il y a le tram, les loisirs etc, et pour le coup c'est plutôt accessible.
Leur repas est terminé, Stéphane prend encore plaisir à l’observer en train d’essayer de retirer la graisse qui luit sur ses pieds.
_Si tu veux dans les toilettes il doit y avoir du savon.
Mathilde se rend donc aux toilettes pour en ressortir les pieds tout aussi brillants.
_Il est trop haut, et placé trop près du lavabo pour que je puisse y accéder et l’actionner.
_Je peux t’aider si tu veux.
Stéphane suit donc Mathilde dans les toilettes du restaurant, presse sur le distributeur à savon pour en recevoir une noisette dans sa main, et l’appliquer sur les pieds de Mathilde. En posant sa main sur son pied, Stéphane sent bien qu'il franchi malgré lui et l’accord de la jeune femme, une barrière intime. Il a le choix entre lui savonner les pieds timidement, ou rendre ce moment le moins gênant possible. Il choisi la seconde option. La texture du savon se prête bien à ses talents de masseurs. Mathilde commence à comprendre que sa plastique « tordue » ne sera jamais un obstacle avec lui, au contraire, mais elle comprend aussi que dans l’aide sincère qu’il lui apporte, un certain plaisir commence à l’envoûter. Une douce chaleur qui prend naissance à ses pieds, remonte par ses jambes jusque dans son bas ventre, pour électrifier ses seins, puis sa nuque. Stéphane a maintenant terminé, il ne lui reste plus qu’à lui rincer les pieds, quand il lève les yeux vers Mathilde il remarque ce qu’il avait entrevu sans certitudes jusque-là : elle ne porte pas de soutiens-gorge. La vue de ses tétons émoustillés à travers le tissu de son débardeur l’atteste.
_Merci beaucoup Stéphane, c'était très agréable en plus.
Ce massage improvisé a donné des idées à Mathilde, des pensées du moins. Des pensées qu'elle juge coupable, alors que sa tête est régulièrement envahit d’images suggestives, seulement, cette fois est une première : son corps a bénéficié (subit ne serait pas le mot) de gestes suggestifs. Et ce sont ces gestes qui sont la cause des pensées qui la traversent en ce moment. Tel un bâtiment qui tente de résister à un séisme, son corps se met à épouser les ondes qui le traversent, si bien que Mathilde se montre moins timide qu’à l’aller. Elle tente de se rapprocher physiquement de Stéphane, juste pour voir si il effectue un geste de repli. Mais Stéphane s’avère imperturbable, même quand elle franchi sa bulle imaginaire. Ce terme est bien connu en psychologie. Vous pouvez même trouver votre propre bulle à l’aide d’un complice. Vous vous mettez l’un en face de l’autre à disons cinq mètre de distance chacun, puis vous laissez votre partenaire s’approcher de vous, et vous allez le sentir rentrer dans votre cercle intime, et là vous le stoppez à l’aide de votre main. Stéphane ne semble pas en avoir. Mathilde est peut-être encore un peu timide ils ne sont que dans la rue. Sa proximité physique lui permet de constater que le roulement opéré par son arrière train quand il marche est tout simplement… magique. Elle qui se moquait de ses copines de lycées qui hurlaient dès qu’un beau garçon leur faisait de l’œil, la voici quelques années plus tard sujet à ces mêmes cris de joies, mais intérieurs, tout de même.
De retour dans la salle de cour, Stéphane et Mathilde se réinstalle à côté. Mathilde ne parvient pas à écouter le cours, qu'elle trouve barbant au passage, et Stéphane n’est pas en reste à ce sujet. Il faut dire que Mathilde semble prendre un malin plaisir à remuer légèrement ses petites mains. Ces mouvements l’hypnotisent. En faisait mine de se replacer dans son fauteuil en se déhanchant, l’une de ses petites jambes raides vient toucher la cuisse de Stéphane.
_Oh désolé !
_Ce n’est rien.
Stéphane n’est sûr de rien, si il se trompe il va le regretter, car quand une fille se braque, en général elle ne revient pas sur sa décision. Il prend donc délicatement son pied maladroit pour le replace à une distance plus neutre. La chaleur de son pied le trouble à nouveau. Ce pied, il le gardera à l’œil quelques minutes. Si ce geste était vraiment involontaire, il restera à bonne distance, si jamais il se rapproche, c'est que son *********** l’a fait se rapprocher à nouveau. Quitte à jouer, Stéphane recule légèrement sa chaise, ainsi il peut observer sa jambe et la voir arriver si jamais elle arrive un jour. En attendant Stéphane s’interroge sur son excitation. Ce qui lui plaît et ce qui lui a toujours plût en observant des femmes ayant une particularité physique c'est de voir la ou les dites particularités. Pour lui les mains de Mathilde ou ses pieds sont des sources d’excitation au même titre que la vue d’une poitrine dénudée chez n’importe quel homme hétérosexuel. Les particularités de Mathilde sont à nu, aucune barrière ne vient stopper son envie de les regarder, puisqu’elles sont là devant lui. Ce qui l’intéresse chez elle, c'est que sa tenue est principalement due à son handicap. Mathilde le lui a d’ailleurs dit qu'elle a besoin de liberté de mouvements. Un jean serré ne lui conviendrait donc pas. L’intrépide pied de Mathilde est reparti loin de sa cuisse, un peu comme pour s’empêcher d’y revenir. Mais quelques minutes plus tard, le voici qui revient innocemment. Stéphane décide de rapprocher sa cuisse de son pied, mais discrètement. Lorsque le pied de Mathilde rentre en contact avec la peau de la jambe de Stéphane, cela la surprend, elle ne l’imaginait pas si près. Que se passe t-il si elle ne dit ni pardon ni rien, si elle laisse son pied posé là, alors que le prof continue de déblatérer son cours devant un parterre d’élève en pleine digestion ? En tout cas Stéphane a beau sentir la chaleur du pied de sa voisine, sur sa cuisse, il ne la bouge pas. Mathilde tente une audacieuse, subtile, mais perceptible caresse. Stéphane se doute de ce qui a amené Mathilde à effectuer ce geste déplacé, parce que tout même ils sont en cours ! C’est son massage dans les toilettes de ce restaurant. Il va finir par croire que les fantasmes peuvent être devinés par les personnes réceptives, les bonnes personnes. Il prend donc le pied de Mathilde dans sa main pour le remettre à sa place, sans pour autant le lâcher une fois à sa place. Le geste est moins connoté, mais plus explicite à présent. La fin du cours risque d’être longue.
Mathilde cherche son regard, et quand elle le trouve, elle écarte ses lèvres pour exhiber sa dentition, en sommes pour lui faire son plus beau sourire. C'est sûr après le cours il y aura… mais en attendant il y a le cours. Stéphane aussi pense à ce qui va bien pouvoir se passer et se dire après le cours. Comment est-ce possible que l’un de ses fantasmes puissent se réaliser aussi facilement ? Et si il lui disait qu'il adore ses petites mains, le prendrait-elle pour un pervers ?
De son côté Mathilde se demande si Stéphane lui caresse le pied pour être tranquille, ou va t-il assumer même après le cours. Et elle, sera t-elle capable de se dévêtir face à lui ? Elle a dû brûler es étapes, même dans les films ça ne va pas aussi vite ! Il est peut-être temps pour elle de commencer à réfléchir à ce qu'elle veut faire ou lui proposer, car elle se sent bien de mener la danse en fait. Elle ne se connaissait pas dominatrice, mais elle aimerait l’emmener chez elle, car c'est quand même là qu'elle se sent le mieux. Elle se mettrait en petite tenue, le provoquerait certainement. Mais si c'était un pervers ?! Elle aurait certainement le premier mot, le premier geste mais pas le dernier. Un pervers lui aurait déjà mis la main au panier se dit-elle, alors que Stéphane a toujours sa main gentiment posé sur son pied. Son pouce fait tout juste quelques allers-retour pour caresser sa peau. Le cours se termine enfin. Tout le monde sort et une fois qu'ils sont à bonne distance du reste des élèves, Mathilde dit :
_Je ne me suis pas trompé ? Je veux dire pour ce qui s'est passé, le massage et en cours, je ne t’ai pas forcé la main ?
_Non, du tout, du tout, je suis d’accord, enfin je veux dire même si ça a été rapide j’aurai certainement fini par faire en sorte que ça arrive.
_Cool, voilà je me disais que enfin si t’es d’accord qu’on pourrait aller chez moi, je me sentirai plus à l’aise.
_Parfait, je te suis.
Stéphane voudrait tellement, mais ne se voit pas lui dire quelque chose du genre, je te trouve magnifique, et ton handicap n’y est pas pour rien. Ce serait brutal, voir irrespectueux. Il faut croire que Mathilde est assez lucide, certains diraient même clairvoyante.
_Je voulais savoir Stéphane, mon corps hors norme on va dire y est pour quelque chose dans tout ça ? Ne cherche pas à m’épargner, je suis au courant que ça existe, je n’y ai simplement jamais été confronté en direct c'est tout.
Stéphane soulagé que ce soit elle qui ai abordé le sujet :
_Non, ça n’y est pas pour rien, mais sans conversation je me serai contenter de te regarder.
Ça me fait du bien de savoir que mes difformités ne te dérangent pas.
Mathilde suivi de Stéphane se dirige donc vers son domicile. Ils franchissent la porte du hall, empruntent l’ascenseur. La tension est telle, que ni l’un ni l’autre ne tentent quoi que ce soit dans la cage.
Une fois sortie de l’ascenseur, il n’y a plus que le couloir du palier qui les séparent de son appartement. Mathilde déverrouille sa porte en tenant ses clefs entre ses petites mains. Stéphane entre après elle, referme la porte derrière lui. Mathilde a une boule dans la gorge, le ventre en coton, et se dirige vers son canapé. Elle ne se voit plus dominer, elle veut simplement être contre cet homme qui l’accepte comme elle est.
De son côté, Stéphane n’en demande pas plus. Il n’a jamais ressenti l’envie de se jeter sur une femme ; les femmes handicapées ne font pas exception.
Mathilde se transfert donc sur son canapé en cuir blanc, et invite Stéphane à faire de même. Stéphane la regarde de la tête aux pieds, ouvertement, en se sachant regarder lui aussi. Il n’a encore jamais vu ses jambes se tendre, ses genoux paraissent plus gros que « la normale », quand il arrive à ses mains, Mathilde les bougent pour l’exciter encore un peu plus. Cette fois c'est le moment, il approche ses lèvres des siennes, jusqu’à ce qu’elles entrent en contact. C'est la première fois que Mathilde embrasse, alors comme tout le monde, elle ne sait pas vraiment comment faire, cherche et trouve son rythme de croisière. Stéphane a posé sa main sur son genou, la chaleur ressentie tout à l’heure dans les toilettes n’est rien à côté de celle qu'elle ressent à présent. Il semblerait que son sexe soit rentré en fusion à tel point que de la lave s’écoule entre ses jambes. Ses petites mains cherchent à rentrer en contact avec le corps de Stéphane. C'est son crâne qu’elles touchent en premier. Stéphane n’a jamais ressenti six doigts à la fois le toucher, la différence se ressent tout de suite, et cet élément participe grandement à l’accroissement de son érection. Depuis le début de leur baiser leur deux corps se sont rapprochés l’un de l’autre, bientôt la main de Stéphane se pose sur son ventre. En plus de tous les frissons et autres manifestations hormonales Mathilde ressent le besoin de retirer sa petite culotte, tout simplement parce qu’elle est trempée. Par solidarité vestimentaire, Stéphane se déshabille également, et pour ne pas y revenir Mathilde retire finalement son haut noir dépourvue de décolleté. C’est la première fois qu’elle se retrouve nu face à un homme qui l’est tout autant. La vue de sa verge l’impressionne.
_Je crois comprendre pourquoi tu aime regarder ce qui est différent chez moi. Lui dit-elle en regardant sa verge érectile.
Stéphane comprend aussi où elle veut en venir. Elle admire chez lui ce qu'elle n’a pas, tout comme il admire ce qui est différent chez elle. Pour rendre la chose la plus ludique, Stéphane se met à contracter son sexe pour le faire bouger de bas en haut. Mathilde a dû mal à contenir l’émotion que cela lui procure. Si on les quitte deux minutes, en regardant ce sexe bouger, Mathilde ressent des sensations similaires à celles de Stéphane quand il regarde ses petites mains bouger.
Mathilde a beau voir ce sexe pour la première fois, et malgré les quelques vidéos porno qu'elle a pu voir, elle sait par instinct où est la place de ce sexe : en elle. Cette pensée coupable naît en elle, ou plutôt se réveille comme un réflexe psychique enfouit depuis des millénaires dans sa mémoire cellulaire.
_Je ne l’ai jamais fait. Lui dit-elle comme un timide avertissement.
Cette phrase correspond au moment ou la main de Stéphane était en train de remonter sa cuisse. Stéphane se dit d’ailleurs que c'est assez marrant que seul son regard s’arrête sur ses malformations, alors que son toucher se concentre sur les zones érogènes et sexuelles, qui sont chez Mathilde tout à fait « normales ». Ses seins possèdent des tétons assez épais, de couleur rosé, et non marron comme c'est parfois le cas. Stéphane l’embrasse à nouveau après l’avoir rassuré quand à son éventuelle première fois, parce que lui n’est pas adepte du premier soir. Mathilde a tant de nouvelles choses à découvrir qu'il ne lui est pas nécessaire de tout faire tout de suite. Au moment où il l’embrasse à nouveau en posant délicatement ses mains sur sa poitrine, Stéphane sent que son sexe est en train de se faire prendre dans un doux et chaud étau de chair. Mathilde a désormais son sexe entre ses pieds. C'est la première fois que des pieds nus entourent sa verge, une sensation nouvelle et excitante pour lui. Mathilde en écoutant ses réflexes commence à effectuer des mouvements de va et viens, et dans le même temps, ses hanches à elle se mettent à en faire de même. Comme si quelque chose la démangeai dans son corps, qu'une énergie devait en sortir. Ces câlins vont durer plus d’une heure, avant que ne commence les confidences. Stéphane lui raconte la rencontre avec cette femme née sans jambe, puis l’épisode avec son institutrice. Quand à elle, elle lui fait part de son goût pour les images et vidéos porno. Mathilde lui confie également qu’à partir où elle est chez elle, elle passe le plus clair de son temps nue. Plus petite elle avait tendance à se dénuder à l’école par exemple, car ses vêtements la gênaient. Les remarques des adultes ont fini par lui faire imaginer que sa manie faisait d’elle une petite fille bizarre.
Stéphane la rassure en lui disant que c'est tout à fait normal, seulement les adultes cherchaient à la protéger des pervers qu'elle pourrait rencontrer.
_La verdure omniprésente tranche avec la grisaille parisienne
_Le bruit de l’eau qui coule près du moulin à eau a quelque chose de rassurant, comme si ça lui ravivait de vieux souvenirs.
_Les gens qu'ils croisent marchent, à Paris ils court, d’ailleurs il se surprend lui-même a dérouler davantage ses hanches. Tiens les cours de méditation de pleine conscience livreraient t-ils enfin leur fruits ?
Dans une revue scientifique il a lu que le vert apaisait l’homme, et ce alors que nous étions encore chasseur cueilleur, il en est certainement de même pour le bruit de l’eau pense Stéphane. L’homme nomade devaient avoir tendance à établir leur camp près des cours d’eau, du coup le bruit de l’eau est synonyme de sécurité, d’abondance, et cela s’est inscrit jusque dans nos gênes. Pour ce qui est des marcheurs, l’homme est une éponge, si il croise quelqu'un présentant un stress important, il va en absorber une partie, à l’inverse si il ne croise que des gens apaisés, il va naturellement s’apaiser. Lorsqu’une personne pique une crise de colère n’est-il pas recommandé de lui parler calmement, pour que sa respiration se cale sur la nôtre ? Les clichés maintenant : tous ceux qu'il croise, lui disent bonjour, alors il leur emboîte le pas. Aucun immeuble ne vient faire de l’ombre aux rayons du ciel, qui du fait semble plus large que celui de Paris. Après sa balade, le patron, depuis son comptoir lui demande ce qu'il fait, d’où il vient.
_Je suis parisien, et informaticien
_Informaticien ? Vous réparez les ordinateurs ?
Stéphane répond oui par facilité, car expliquer son travail à un néophyte serait épuisant. N’allez cependant pas croire qu'il le prend pour un con, c'est juste qu'il a déjà tenté de le faire, et personne n’a jamais compris du premier coup.
_Ah ben ici vous feriez fortune !
_A ce point ?
_Ah oui, y a personne qui le fait en tout cas, il faut aller sur Périgueux pour ça, moi quand j'ai un problème ils me facturent le déplacement, et pas qu’un peu, et quinze jours après ça retombe en panne ! Vous auriez assez de clients pour vivre pour sûr, sans compter sur les villages environnants.
_Parce que vous avez des problèmes informatiques là en ce moment ?
_Oui un problème de caisse, impossible de les synchroniser j’ai trois postes, je peux encaisser que sur un.
Une demi-heure plus tard Stéphane a réglé le problème. Le patron lui offrira le repas du soir, et à la carte svp ! Stéphane n’avait absolument pas prévu de toucher à un ordinateur pendant ses vacances, mais pourquoi y a t-il pris du plaisir ? Voilà deux ans qu'il ne peut plus en voir un en peinture et là, il retrouve le plaisir d’en triturer un. Parce que le patron l’a remercié, et a reconnu son travail à sa juste valeur, il a résolu un problème qui lui compliquait la vie. Le lendemain, c’est canoë et visite du château de Beynac et retour à sa voiture en vélo de location, journée sportive donc. La nuit n’est pas encore tombée lorsqu’il rentre et remarque un local commercial fermée. La devanture possède encore les traces de l’ancienne devanture, un ancien pressing visiblement. Le patron de l’hôtel l’accueille avec sourire.
_Bonjour, ah au fait votre réparation tiens toujours, on gagne un temps fou merci encore. Si je peux faire quoi que ce soit.
Cette remarque fait disparaître une partie de sa fatigue physique. Le patron lui fait goûter son meilleurs vin, à l’œil, parce que ça lui fait plaisir, et il ne le laisse pas se coucher comme ça, il l’invite ensuite au bar d’en face, il y a une soirée musicale. Un bœuf un peu anarchique, mais le genre de soirée qu'on n’oublie pas. Stéphane fut guitariste à l’*********ce, mais depuis qu'il travaille, il n’a plus le temps de gratter les cordes, mais ce joyeux bordel lui en a redonné envie, assurément. Tout le monde se parle, échange si bien qu’à la fin de la soirée tout le monde se connaît. Le lendemain matin, le réveil est un peu difficile car teinté d’une vague gueule de bois. Bon les visites en voitures, il va peut-être éviter pour aujourd’hui. Après le petit déjeuner il regarde les parties de pétanques sur la place centrale, les enfants jouer à chat, et les chats éviter les enfants. Il se sent chez lui. L’homme n’est pas fait pour travailler 35h par semaine dans un bureau pense t-il en regardant tout ce petit monde prendre du bon temps. Même les commerçants sont de la partie, certains employés de boutique relaient leur patron, pour que chacun tâte du cochonnet. Au milieu de ce bouillon de vitalité, il y a cette boutique au rideau de fer fermé, qui dénote. En s’approchant il parvient à lire les traces de l’ancienne enseigne : pressing. Bizarre, il reste là, tel un papillon éblouit par un néon, il fini par se demander ce qu'il fou là. Et si cette boutique c'était son ticket de sortie de Paris ou d’entrée dans cette petite ville de province ? Gentiment il demande à un vieux spectateur de la partie de boules assis sur un banc si il sait à qui elle appartient.
_Ah oui c’est à Roger, ah ben celui qui va tirer là. Il est à la retraite maintenant, et pis un pressing y en a un dans la nouvelle galerie de l’Intermarché alors pour retrouver un repreneur un, bonjour.
C’est complètement con, d’attendre ce type pour lui demander si il vend, alors que personne ne voudra lui prêter d’argent, aucune banque, il n’a pas un radis de côté. Pourtant il ne se voit plus retourner à Paris, ce n’est pas qu'il ne veut plus, c’est que pour lui no future to Paris, c'est comme ça il le sent.
_Vous voulez la visiter la boutique, je vous préviens elle est vide, j’ai revendu les machines.
_Oui, mais ce serez pas pour un pressing, alors peu importe. Ce serait pour une boutique d’informatique, réparation etc vous voyez.
_Bonne idée, très bonne idée même ! Vous savez que la mairie peut vous aider à vous installer, les banques mêmes. Y a des mesures qui ont été prises pour que le centre ville ne soit pas déserté. La banque d’ici vous accueillera à bras ouvert en plus de ça. Je vais chercher les clefs dès qu’on leur a mis la pâté, je vous montre ça.
Roger et son équipe a perdu finalement, mais peu importe, il a bu un canon à la victoire de ses adversaires. De retour avec les clefs du local, il se trouve que ce dernier est propre, les mûrs ne sont pas massacré, il suffit juste de mettre un comptoir, et il pourra se faire son atelier dans l’arrière boutique ; un gling-gling à la porte d’entrée pour l’avertir de l’arrivée des clients et basta pour commencer. Il s’y voit, mais il n’a jamais été patron, et ne sait pas ce que c'est de demander un crédit. Il se trouve que le conseiller financier de Roger joue aux boules actuellement, une partie de plus à regarder et qui sait, le seul truc c’est qu’on est dimanche. Roger interpelle le fameux banquier.
_Ne prenez pas mal ce que je vais lui dire Stéphane, c'est pour le faire venir. Hey Mathias, j'ai un client du Dimanche pour toi, tu peux venir voir cinq minutes ?
_Je fête ma victoire, moi et après je suis à vous.
_Il va venir vite, il n’aime pas trop boire.
Par politesse, il les rejoint le verre à la main, au lieu de les faire poireauter.
_Ah ! Mathias ! Je te présente Stéphane, il est intéressé par ma boutique, mais il n’a aucun apport, aucun bien à hypothéquer, enfin il est jeune quoi.
_Sa boutique ? Pour y faire quoi ?
_Une boutique d’informatique, réparation et vente lui répond Stéphane
_Dans ce cas il faut voir ça avec le maire en premier, il peut vous proposer des aides, et en fonction de ça je pourrais vous monter un financement plus affinés. Le Maire doit pas être loin attendez, dis Bernard t’as pas vu le Maire ?
_Jean-Claude ? Si ! Il est à l’intérieur du bar.
Mathias salut le Maire en lui expliquant le projet, Stéphane est gêné de le déranger en pleine festivité pour quelque chose qui peut attendre, mais l’élu connaît ses dossiers.
_Bonjour, un nouveau commerçant alors ? C’est simple si vous vous installez en centre ville, avec la région on peut vous obtenir un crédit à 0 % mais sans garantie. Quoi qu'il arrive vous n’aurez pas besoin de faire appel à cet escroc ! Je plaisante ha ha ! Venez demain à la mairie je pourrai vous donner le dossier, ça ne vous engage à rien.
Tout semble plus simple et paradoxalement plus rapide qu’à la capitale dans cette province.
_Ben je ne sais pas, je n’ai pas besoin de personnel, je penses pouvoir tenir tout seul la boutique, donc pas besoin d’employés, après je ne sais pas ce que ça représenterait en charge.
_Tout dépend de vos bénéfices, mais ne vous affolez pas une fois en activité on peut toujours s’arranger sur les charges locales du moins. On ne vous laissera pas tomber. Vous avez un emploi actuellement ?
_Oui, un emploi de bureau.
_Si vous avez droit à des formations inscrivez-vous à une formation de création d’entreprise, et une fois les choses engagés ici, vous démissionnez et j'ai envie de dire bienvenue chez nous.
Tout va très vite, mais tout lui semble si évident. Oui c'est ce qu'il va faire une formation, démission et hop retour ici. Ses vacances vont ressembler à un brainstorming géant, mais c'est pas grave. Ok, un déménagement, mais que va t-il en être de sa famille et de ses amis desquels il va s’éloigner ? Aussi bizarre que cela puisse paraître, ça lui semble secondaire. En procédant étape par étape Stéphane en vient au logement, où va t-il loger si la vie l’amène à vivre ici ? Il y a quelques chambres à louer sur internet en attendant de trouver mieux, les prix n’ont décidément rien à voir avec celui de son loyer parisien, sans compter que n’importe quelle chambre d’ici s’avérera plus grande.
Stéphane a donc consacré sa journée à ce nouveau projet : une matinée à la mairie pour récupérer et éplucher un dossier de demande de financement, et l’après-midi renseignement sur les logements disponibles dans la région. Le temps est venu pour ses vacances de reprendre leur cours : visites etc.
Toujours dans la première semaine de ses vacances, Stéphane contact tout de même un collègue syndicaliste pour l’aiguiller sur son droit à la formation. Il lance les démarches pour débloquer ses droits et s’inscrire à la prochaine formation lié à la création d’entreprises. Stéphane ne se laisse pas le choix, il avance dans son projet au pas de charge. Le reste de sa semaine est faite de visites, tout comme la première moitié de la seconde. Il se sent comme dans son berceau ici, alors il décide de rester dans la ville, fais le marché, mine de rien il commence à faire partie du paysage maintenant. Il a désormais intégré l’équipe de pétanque de Roger. Ils ont un esprit de compétition très relatifs, puisque même les membres de l’équipe adverse en voyant sa maladresse notoire lui donnent de précieux conseils techniques. Assez vite il remarque que la pétanque est un prétexte pour dépenser les calories qu'ils vont prendre au bar en fêtant ce qu'ils vont trouver à fêter. Aucun n’est alcoolique, tous peuvent se passer d’alcool et prendre un jus de fruit ou autres, mais c'est quand même mieux quand la gorge chauffe un peu. Le parisien voit dans le campagnard quelqu'un de rustre et peu tolérant, et en fait c'est tout l’inverse, il n’y a qu’à regarder l’histoire de la région pendant la seconde guerre mondiale. C'était pas trop le genre à dénoncer les juifs, même si des rafles ont eu lieux, le maquis était tout de même fortement occupé par des maquisards pas toujours français : des espagnols, des géorgien ayant échappé à l’armée Allemande, des russes ayant fuis le communisme et se retrouvant presque malgré eux dans des cellules… communistes. Pas mal de villages environnant ont vu les allemands débarqués et abattre quelques uns de ses habitants en représailles contre des résistants locaux ayant abattus ou enlevé un des leurs. Stéphane s’y est intéressé grâce à internet, mais en parler aux aînés est encore un peu tabou. Les habitants étaient globalement des soutiens aux maquisards, peu ont parlés, même sous la torture, en revanche les préfets, certains policiers ont fait de mauvais choix. Si c'est tabou c’est parce que les vieux, enfants à l’époque ont vu certains de leur parents partir aux STO de force. Une brigade allemande la Brehmer a même été crée pour mater la résistance dans le coin, c'est dire. Si un village tuait un soldat allemand, cette fameuse brigade venait parfois brûler le village comme à Rouffignac en Mars 44, rafler les juifs qui s’y cachaient, et emmener tous les hommes valides au STO. Autrement ils emmenaient tous les hommes au STO, paradoxalement les actions de cette brigade ne faisaient que attiser l’esprit de solidarité et de résistance des habitants. C'est dans ce même esprit que Stéphane se dit que c'est peut-être pour ça qu'il n’y a que dans les grandes villes que l’on trouve des SDF. Ici des miséreux il y en a, mais ils ont un toit, et on trouve toujours quelque chose à leur faire faire pour qu'ils fassent partie intégrante de la vie locale.
En ce qui concerne les gendarmes, ça ne leur viendrait pas à l’idée de contrôler l’ouvrier qui a garé sa voiture place de l’église à la sortie de son travail, et qui la reprend à 22h un peu plein pour rentrer chez lui à 500 m de là pour ne la reprendre que le lendemain matin à jeun. Ils seraient vicieux si ils s’amusaient à faire ça, vicieux mais efficace, parce que le vendredi tout le monde y passerait. Mais ils ne le font pas, eux aussi sont au bar, point d’alcool dans leur verre, mais ils préfèrent être bien vu , pour intervenir lorsqu’un cambriolage ou un conflit de voisinage a lieu. Les alcootests ils en font, mais seulement lors des grandes fêtes, ils se mettent à la sortie de la ville et prennent ceux qui ont des km à parcourir sur les routes sinueuses. À l’évidence, ainsi ils ont sauvé des vies en embarquant certains allumés dans leur fourgonnette le temps d’une suppression de permis et d’un dégrisement.
Ces gendarmes n’appliquent pas tout ce que leur demande leur ministre, certaines de leur demande sont même à leur yeux digne d’une dictature, mais bouche cousu pour eux, ils ferment les yeux, mais dorment sur leur deux oreilles. Ils n’embarqueront jamais Sylvie qui vient se beurrer la gueule après avoir mis ses enfants aux lits. Elle a perdu son mari l’année dernière, une crise cardiaque, et on ne sait pas si c'est le manque d’affection ou le chagrin qui la pousse à boire plus que de raison et de se la jouer femen passer un certain taux dans le ****. Ils lui font la moral à chaque fois, lui demande de se rhabiller, de rentrer calmement chez elle. C'est toujours le patron du bar qui les appelle quand elle commence à se plaindre qu'il ne veut plus lui vendre de verre. Le mieux serait de ne pas lui vendre le premier lui a suggérer un gendarme, mais il a bien essayé, mais elle pleure, se plaint, c'est pas une vie pour les autres clients.
_Rentrer calmement chez elle ?! Plutôt crever, mort aux vaches, mort aux vaches.
Voilà ce qu'elle leur dit en général, en tout cas le soir où Stéphane assiste à l’une de ses scènes.
Il se dit qu'elle va finir plaquer au sol et menotté. Au lieu de ça, les bleues laissent leur seule collègue femme négocier avec elle.
_Qu’est-ce qu'il y a Sylvie, ça ne se passe pas bien avec l’assistante sociale ? Tu le sais pourquoi on ne t’embarquera pas.
_Non, pourquoi ? Emmenez-moi avec vous.
_Non, parce que si on t’embarque on va devoir faire un rapport, et les services sociaux vont s’en mêler et ils vont vite voir que tu as un problème avec l’alcool, et tes enfants Sylvie, tu comprends ? Tu les aimes tes enfants ? Et ils t’aiment aussi.
_Oui je sais.
_Et on les aime aussi tes enfants, et toi aussi on t’aime quand tu ne bois pas.
Et ceux de l’assemblée qui la connaisse rajoutent
_Nous aussi on t’aime Sylvie, mais pas quand tu fais ça quoi.
Alors elle sèche ses larmes, et fini par rentrer.
Le patron de l’hôtel s’adresse à Stéphane
_Ah désolé que t’ai vu ça, mais malheureusement y a des gens c'est pas facile de les aider, c'est pas facile pour elle, mais elle refuse l’aide qu’on lui propose. Enfin à Paris tu dois en voir aussi.
_A Paris ils ne font pas comme ça, ils embarquent.
_Elle n’est violente qu’envers elle-même, ses enfants n’ont rien à craindre
L’ambiance de la soirée ne repartira pas, petit à petit chacun rentre chez soi et la place se vide, le village s’endort.
Au moment de partir Stéphane va revoir Roger pour lui dire qu’il est toujours intéressé et qu'il s’est inscrit à une formation de création d’entreprise.
_Ne t’en fais pas Stéphane, fais ta formation, je te rappelle dans un mois pour savoir si tu es toujours aussi déterminé, et tu me feras une offre à ce moment-là. C'est bon pour toi ? Ah oui,et pour ce qui est du logement, je ne te promet rien, mais j'ai peut-être une solution. Tu n’as rien contre une colocation au départ ?
_Non lui répond-il.
_Bon, on se tient au courant ok ? Bon retour et bon courage Stéphane
Alors le voilà qui reprend sa voiture pour se retrouver six heures plus tard sur un périphérique parisien bondé, malgré l’heure tardive. Le cauchemar, dire qu'il a passé sa vie là-dedans, il se sent comme la princesse Raiponce, enfermée dans un endroit alors qu'il ignorait l’existence du reste du monde, le vrai. Paris a été crée par l’homme il y a longtemps, petit à petit il a construit par dessus d’anciennes constructions, il a conquérir d’autres territoires, si bien qu’aujourd’hui Paris a vaincu la nature. Les villages sont construit par l’homme, qui au fil du temps a veiller à ne pas trop accroître son territoire, pour ne pas perdre de vue qu'il vit sur une planète hôte et non l’inverse. Il n’y a que création de l’homme autour de lui : voitures, routes, bâtiment, le ciel même est recouvert d’un voile grisâtre dû à l’activité humaine, la nuit la pollution lumineuse est si importante que les étoiles sont invisibles. Stéphane a découvert son berceau et ne souhaite qu'une chose, c'est le retrouver. Un mois de travail, avant que sa formation ne commence, courage. Son collègue lui en a dégotter une sur Bordeaux, n’habitant pas encore la région, l’hôtel lui sera remboursé.
En attendant, sur Paris, ses copains, les gens qu'ils croisent, décidément plus rien ne le retiens, il a dû prendre un sacré coup de vieux pour rêver d’une partie de pétanque ! Stéphane a besoin de revenir aux racines à défaut de revenir aux siennes ; son grand-père était agriculteur dans la Beauce, est-ce sa mémoire cellulaire qui l’a fait chavirer pour la campagne ?
Un mois après avoir franchi la petite ceinture, Stéphane et sa valise se retrouvent gare Montparnasse, en partance pour Bordeaux. C'est par un lundi pluvieux que débute sa formation, car comme le dis la chanson « les lundi au soleil c'est quelque chose qu'on ne verra jamais ». Il pénètre dans un bâtiment qui tient plus d’une vieille entreprise de photocopieurs qui aurait pris la poussière que d’un lieu d’enseignement : « pas très engageant de venir ici pour apprendre à créer une entreprise rutilante » pense t-il. Quelques personnes attendent déjà devant une porte rouge avec un panneau indiquant le nom de sa formation. Tous en costard cravate sauf lui, jusqu’à ce qu’une jeune femme ne sorte de l’ascenseur à bord de son fauteuil roulant électrique. Stéphane remarque immédiatement son handicap, enfin ses multiples malformations plutôt. La première chose qu'il remarque, c'est qu'aucun bras ne ressort des courtes manches de son haut noire, mais seulement des mains. Ses jambes semblent un peu courtes et ses pieds nus sont tout deux tordus à 90 degrés vers l’intérieur, voici qui explique certainement la présence de ce fauteuil roulant.
La vue de ce handicap, fait ressurgir chez Stéphane, une partie de son histoire se rappelant régulièrement à son bon souvenir, dont le plus ancien date de sa petite *******.
Il a entre quatre et *******s, et passe ses vacances d’été chez ses grands-parents, avec son grand cousin, qui a pour habitude de jouer au foot sur un terrain près des bords de Loire. C’est près de ce terrain, alors que son cousin tâte du ballon, que Stéphane remarque une femme en fauteuil roulant, et pour cause, elle est dépourvue de jambe, pas même l’ombre d’un moignon ! Sa curiosité ******ile le pousse à s’approcher d’elle dans un premier temps, puis a lui demander si le fait de ne pas avoir de jambes la faisait souffrir physiquement.
Quand un enfant est intrigué par ses jambes manquantes, ils demandent à leur parents, et ces derniers fuient la question et fuient tout court, gênés. Stéphane est donc le premier à lui poser directement une question, alors elle le regarde, mieux, elle le considère comme un égal, et non comme un enfant qui ne connaît encore rien à la vie. Ce qui la touche chez lui, c'est qu’au lieu de laisser ses questions en suspend, il les pose, au risque de voir une adulte au rire moqueur lui inventer une réponse fantasque, parce que les enfants croient tout ce qu’on leur dit. Non, elle le regarde comme si elle regardait un adulte ignorant que l’on pouvait parfaitement vivre sans jambes, car pour Stéphane un être humain se devait d’avoir ses deux bras et ses deux jambes.
_Non je suis née comme ça, donc je n’ai pas mal. Lui dit-elle
Cette information ne la rend que plus fascinante à ses yeux, lui qui ignorait que l’on puisse naître incomplet. Hormis l’absence de ses jambes, il s’agit pourtant bien d’une femme : elle a de long cheveux, pas de barbe, une poitrine, et sa voix est typiquement féminine. Elle est seule, et s’inquiète d’ailleurs de le savoir seule.
_Non, y a mon cousin là-bas, il joue au foot. Tu fais comment pour jouer au ballon toi ?
_Ah, je n’y joues pas comme toi, mais par contre j’adore nager, et toi ?
Sa fascination pour elle ne faisait que grandir, car malgré son handicap, elle savait faire quelque chose qu'il ne savait pas encore faire : nager.
_Dessiner
_Ah oui ? Et qu’est-ce que tu préfères dessiner ?
_Les arbres.
Stéphane avait toujours au moins un dessin dans sa poche, alors il en sort un et lui montre.
L’étonnement qu'elle manifeste devant la qualité de son dessin est sincère, il faut dire que ce n’était pas la seule adulte à s’émerveiller devant ses œuvres. Dès son plus jeune âge Stéphane arrivait à reproduire sur le papier ce qu'il avait dans la tête. Ses dessins restaient sur les portes de frigidaires des maisons dans lesquelles il passait, ou bien dans les bureaux des médecins, sur les vitrines des petits commerçants où ses parents avaient leurs habitudes etc.
_Il est magnifique cet arbre je penses qu’en continuant de dessiner comme tu le fais, tu seras un grand artiste.
_Je te le donne ! Lui déclare t-il.
Il se rêvait déjà dessinateur, mais au lieu de ça, on préférait qu'il dise vouloir devenir pompier ou policier, comme tous les petits garçons de son âge. Mais un jour à l’école y a un monsieur qui est venu lui montrer comment on faisait une bande dessinée, c'est ça qu'il fera plus tard se disait-il. C'est donc la première inconnue qui admire son travail,alors que lui l’admire toute entière comme un petit garçon de son âge admirerait son institutrice, avec quelque chose en plus tout de même.
_Oh merci, je peux te faire un bisous ?
Il grimpe sur la roue de son fauteuil, pour lui faciliter le dépose d’un baiser sur le front. Sur ce, son cousin ayant terminé sa partie de foot, le somme de le suivre et de laisser la dame tranquille.
_Il ne me dérange pas du tout, au contraire. Rétorque t-elle à son *********t de cousin effrayé
En guise d’au revoir, elle lui lance un clin d’œil complice, alors que Stéphane se fait quelque peu tirer par le bras.
De retour chez ses grands-parents, il questionne sa grand-mère sur cette jeune femme.
_Oui je la connais de vue, mais il faut t’éviter de t’approcher d’elle, sinon tu vas devenir comme elle.
Il sait bien que c'était faux, et n’a qu’une envie : la revoir. Il se demande comment fait-elle pour se coucher, se réveiller, aller aux toilettes etc.
Il n’a jamais revu cette femme, car il n’est jamais revenu en vacances sur les bords de Loire, entre temps son grand-père est décédé, suivi de très près par sa grand-mère emportée par le chagrin.
Cette rencontre a eu des conséquences, puisque dès la rentrée scolaire, les personnages qu’il dessine n’ont plus systématiquement leur quatre membre, et cela pose visiblement quelques problèmes à son institutrice, qui va jusqu’à convoquer ses parents. Il paraît qu’un bonhomme si bien dessiné soit-il se doit d’avoir ses quatre membres de représenter. Ses parents lui demande donc gentiment de dessiner de vrais bonhommes, histoire de ne plus faire de vagues. Le gentil garçon qu'il était accepte ; ses monstrueux personnages ne hanteront plus les feuilles de papiers, mais son imaginaire et ses pensées.
Le deuxième évènement important concernant ce sujet intervient alors qu'il est en CM1, et à la piscine. Stéphane est dans le bassin, appelé comme tous ses camarades à se rapprocher de son institutrice, qui elle, est en dehors de l’eau. Stéphane se retrouve face à ses pieds en train d’écouter ses instructions lorsqu’il remarque que deux de ses orteils sont soudés, et ce sur les deux pieds. il est le seul élève à l’avoir vu, le seul à connaître ce petit détail d’elle, et il tient à le rester. Il prend toujours plaisir à observer les petites particularités de certaines personnes, que seul son regard aiguisé sait détecter. Un autre jour de piscine son institutrice remarque son regard posé sur ses pieds. Elle sait désormais qu'il sait, et lui savait qu'elle savait qu'il savait, point. Quelques semaines plus tard dans les vestiaires des garçons, l’un de ses camarades déclarent avoir observé que la maîtresse a les orteils collés. Il n’est plus le seul à savoir. À la sortie de la piscine un petit groupe d’élève lui demande très finement :
_Maîtreeeeeesse, c'est vrai que vous avez les orteils colléééés ?
Ne sachant quoi répondre, elle bredouille un oui avant de demander la constitution d’un rang. Stéphane était certain qu'elle pensait que c'était lui qui l’avait dit à toute la classe. C'est donc mort de honte qu'il s’installe dans le bus qui le ramenait à l’école. Elle a dû voir qu'il n’allait pas bien, puisqu’elle est venu à sa rencontre pour le rassurer avec ses paroles :
_Je sais que ce n’est pas toi, ne t’en fais pas. Les gens ne réagissent pas tous comme toi Stéphane.
Je suis née comme ça, alors des moqueries j’en ai eu, j’aurai pu me faire opérer depuis, mais j'ai préféré les laisser comme ça.
Au printemps ce petit défaut ne l’empêchait pas de porter des chaussures ouvertes. Ses camarades avaient oubliés ce détail la concernant, pas lui, pour qui ses chaussures estivales sonnaient comme une autorisation d’admirer ses deux paires d’orteils si particulières. Elle le surprenait parfois à les regarder. Elle ne le grondait pas pour autant, mais son regard lui faisait comprendre qu'elle avait compris sa petite perversion. Elle aurait certainement fait le même regard à un homme attiré par l’ouverture de son décolleté. Tout ceci lui était presque sorti de la tête avec le temps.
Cependant, il avait et il a toujours le chic pour remarquer parmi la foule LA personne ayant une petite ou grande particularité physique.
Ici, difficile de ne pas voir celle ou plutôt celles de cette femme. Stéphane note que ses mains, qui ne comptent que deux gros et long doigts et un troisième de taille plus modeste ramifié à l’un des deux autres, présentent toutes les caractéristiques du syndrome de lobster ou ectroactylie. Dans le cas de cette femme, il semble que ses membres inférieures soient également touchés puisque le bas de ses manches de pantalons sont vides. Ses jambes semblent plus courtes que « la normale » et croisé un peu comme si elle était assise en tailleur, le tout avec une courbure peu commune. Ses doigts sont suffisamment grands pour qu’une fois ouverte, l’envergure de sa main soit plus importante qu'une autre. Elle se dirige maintenant vers la porte pour y lire l’écriteau, et murmure un :
_Ah c'est ici cool.
Si Stéphane a pu identifier avec autant de facilité sa pathologie, c'est parce qu'il traîne souvent sur internet à la recherche d’images de femmes présentant une ou des particularités physiques. Au gré des contenus, il lui arrive parfois de tomber sur des vidéos, mais jamais pornographique, ou alors sincèrement sans le vouloir. Ce qui l’intéresse là-dedans c'est de voir comment sont construit ces corps, ainsi il peut les observer sans l’être lui-même. Il faut absolument qu'il réussisse à se mettre à côté d’elle. Il observe le reste des « élèves », comme tout le monde en fait, parce que dans ces cas-là tout le monde s’observe. À l’exception de cette femme aux mains sortant de ses épaules, il est le seul à ne pas être en costard. Par ailleurs les « costareux » ont rapidement formé un groupe compact dans lequel il n’est pas.
_Il fallait venir dans une tenue particulière ? S’aventure t-il
_Non, en tout cas je n’ai rien vu en ce sens. Lui répond elle en souriant, ravi que quelqu'un lui adresse la parole dans cet endroit manquant cruellement de convivialité.
Lui a opté pour un jean bleu, et une chemise blanche, elle, un débardeur noire et une jupe à fleur. Au vu de sa chevelure blonde et de son regard bleu clair, Stéphane n’aurait pas été étonné d’entendre un accent Allemand ou Suédois, mais sa prononciation est bien française. Sa peau est claire, et ses traits fins. Le genre de visage que l’on peut voir sur les publicités de lunettes pense Stéphane. En l’observant il se dit que hormis ses bras et ses pieds tordus, cette femme est physiquement parfaite. Et pourquoi ses malformations la rendrait parfaites ? Il faut bien le dire, ses soit-disant imperfections lui font de l’effet.
_Voilà qui me rassure. Lui dit Stéphane
Certains regards hautains toisent la jeune femme au moment de rentrer dans la salle, mais elle ne semble pas y prêter attention, contrairement à Stéphane qui se contente de fulminer intérieurement. Prudente, elle s’installe au fond de la classe, Stéphane parvient à se placer comme il le souhaitait, à côté d’elle.
_Je peux ? Lui demande t-il
_Oh bien sûr.
_Au fait je m’appelle Stéphane.
_Mathilde enchantée.
Mathilde, puisque c'est son prénom, se tourne sur elle-même pour récupérer son sac à dos accroché aux poignées de son fauteuil. Alors qu'elle se tourne, Stéphane observe que ses jambes bougent mais que ses genoux conservent leur angle de flexion. Une fois son sac entre ses petites mains, elle se retourne jusqu’à pouvoir le poser sur la table, l’ouvrir et en sortir une trousse et un bloc notes. Le formateur entre dans la salle, se présente et voilà les premières choses à noter. Mathilde les notes à la main en avançant au maximum son buste, la position n’est certainement pas des plus confortables, mais elle a l’air habitué. Le cours est barbant, Stéphane n’attend qu'une chose : la pause repas. Quand midi sonne, Stéphane demande à Mathilde si elle connaît un endroit où manger.
_Non, on peut en chercher un ensemble si vous voulez ?
Quelques instants plus tard les voilà dans la rue, prêt à partir à la recherche de quoi manger. Après s’être interrogé mutuellement, c'est sans grande conviction qu'ils jettent leur dévolus sur une célèbre chaîne de restauration rapide dont ils voient l’enseigne au loin. Leur itinéraire les fait emprunter les quais de la Garonne, c'est donc au fil de l’eau qu'ils glissent du vouvoiement au tutoiement. Ils rentrent dans l’établissement, dans lequel des gens peu discret interpellent leur voisin de table comme pour dire regarde ce qui arrive. Là encore Mathilde semble imperméable. Leur repas arrive, Mathilde règle la hauteur de son fauteuil de façon à pouvoir poser ses jambes sur la table. Face à elle, Stéphane a tout loisir d’observer ses pieds si particuliers. Il a beau recompter le nombre de ses orteils, ils retombent toujours sur le même nombre : douze, six à chaque pieds. La nature aurait-elle cherché à compenser le handicap de ses bras en lui octroyant ces orteils surnuméraires ? Ses pieds sont assez large et le fait que ses orteils soient espacées les uns des autres accentuent encore cette impression. Avec ses pieds, Mathilde possède une dextérité semblable à celle de Stéphane avec ses mains. La vue de ces pieds et leur façon si particulière de se mouvoir occasionne chez Stéphane une sensation étrange. Quelque chose se détend à son entrejambe, et une sensation de bien-être envahit le bat de son ventre, jusqu’à ressentir le début d’une érection. Mathilde n’est absolument pas gênée par le fait que ses pieds soit tournés vers l’intérieur, elle parvient à saisir son sandwich en penchant son buste en avant.
_Et dans quel espoir viens-tu faire cette formation ? Lui demande t-elle, voyant que sa façon de manger le perturbe.
_En fait, c'est une longue histoire, c'est pour monter une boutique d’informatique.
Stéphane poursuit par lui raconter ses vacances en Dordogne et sa démission. Son récit terminé, il lui renvoie sa question.
_Eh bien je suis architecte, et je compte monter mon propre cabinet spécialisé dans l’accessibilité aux personnes à mobilité réduite. C'est à dire proposer une expertise de l’accessibilité des projets en cours ou futur.
_Architecte cool.
_Oui, même si je suis monté de travers, je m’intéresse aux constructions bien faite haha.
Stéphane rit de bon cœur et sincèrement à ce trait d’auto-dérision.
_Je ne sais pas si tu es monté de travers, je penses que parfois en architecture il faut se montrer audacieux. Moi je dirai que tu as une morphologie audacieuse, ce n’est pas blessant de dire ça ?
Mathilde éclate de rire.
_Ha non, je crois que c'est la plus belle formule qu’on est employé pour qualifier ma morphologie. Du coup mon entreprise consisterait juste à conseiller, c’est-à-dire à analyser les devis et les méthodes employé par les différents architectes. Ça peut sembler débile, mais il y a tant d’architecte même bien intentionné qui sur un chantier donné vont donner un mauvais avis, une mauvaise expertise. Ma crédibilité ce serait de ne faire que de l’expertise, ce qui fait que 100 % de mon temps serait consacrer à étudier la faisabilité d’un chantier dans des conditions données, et évidemment proposer des solutions pour l’améliorer.
_Eh bien, tu as l’air de connaître ton sujet en tout cas ! Et tu as des associés ?
_Oui un commercial indépendant qui s’occuper de me faire connaître.Et j'ai quelques contacts via le cabinet pour lequel je travaille encore.
_Tu en es venu à ça parce que le manque d’accessibilité te révolte ?
_Non, c’est pas de la révolte ou de la colère. C'est parti d’un constat. Le problème de l’accessibilité ce n’est pas un problème connu, vécu des personnes valides. Donc si un architecte monte un bâtiment et qu’il pense uniquement aux personnes en fauteuil manuel par exemple, et bien les aménagements spécifiques ne suffiront certainement pas à une personne en fauteuil roulant électrique ayant un handicap plus lourd. C'est parfois du détail, mais si c'est prévu avant que la construction en débute, ça ne coûte pas plus cher. Et toi, comment tu vois ta nouvelle vie à la campagne ?
_Je l’ignore, enfin je ne fais pas trop de plan, je vais voir. Tout ce que je sais, c'est que j'ai Paris en overdose, et que vivre dans le centre ville de Bordeaux ne m’attire pas beaucoup plus.
_Tu as besoin de te reposer du bruit de la ville comme on dit.
_Ça doit être ça. Et toi tu vis sur Bordeaux ?
_Oui par facilité, un jour peut-être que ce sera en campagne. Mais ici il y a le tram, les loisirs etc, et pour le coup c'est plutôt accessible.
Leur repas est terminé, Stéphane prend encore plaisir à l’observer en train d’essayer de retirer la graisse qui luit sur ses pieds.
_Si tu veux dans les toilettes il doit y avoir du savon.
Mathilde se rend donc aux toilettes pour en ressortir les pieds tout aussi brillants.
_Il est trop haut, et placé trop près du lavabo pour que je puisse y accéder et l’actionner.
_Je peux t’aider si tu veux.
Stéphane suit donc Mathilde dans les toilettes du restaurant, presse sur le distributeur à savon pour en recevoir une noisette dans sa main, et l’appliquer sur les pieds de Mathilde. En posant sa main sur son pied, Stéphane sent bien qu'il franchi malgré lui et l’accord de la jeune femme, une barrière intime. Il a le choix entre lui savonner les pieds timidement, ou rendre ce moment le moins gênant possible. Il choisi la seconde option. La texture du savon se prête bien à ses talents de masseurs. Mathilde commence à comprendre que sa plastique « tordue » ne sera jamais un obstacle avec lui, au contraire, mais elle comprend aussi que dans l’aide sincère qu’il lui apporte, un certain plaisir commence à l’envoûter. Une douce chaleur qui prend naissance à ses pieds, remonte par ses jambes jusque dans son bas ventre, pour électrifier ses seins, puis sa nuque. Stéphane a maintenant terminé, il ne lui reste plus qu’à lui rincer les pieds, quand il lève les yeux vers Mathilde il remarque ce qu’il avait entrevu sans certitudes jusque-là : elle ne porte pas de soutiens-gorge. La vue de ses tétons émoustillés à travers le tissu de son débardeur l’atteste.
_Merci beaucoup Stéphane, c'était très agréable en plus.
Ce massage improvisé a donné des idées à Mathilde, des pensées du moins. Des pensées qu'elle juge coupable, alors que sa tête est régulièrement envahit d’images suggestives, seulement, cette fois est une première : son corps a bénéficié (subit ne serait pas le mot) de gestes suggestifs. Et ce sont ces gestes qui sont la cause des pensées qui la traversent en ce moment. Tel un bâtiment qui tente de résister à un séisme, son corps se met à épouser les ondes qui le traversent, si bien que Mathilde se montre moins timide qu’à l’aller. Elle tente de se rapprocher physiquement de Stéphane, juste pour voir si il effectue un geste de repli. Mais Stéphane s’avère imperturbable, même quand elle franchi sa bulle imaginaire. Ce terme est bien connu en psychologie. Vous pouvez même trouver votre propre bulle à l’aide d’un complice. Vous vous mettez l’un en face de l’autre à disons cinq mètre de distance chacun, puis vous laissez votre partenaire s’approcher de vous, et vous allez le sentir rentrer dans votre cercle intime, et là vous le stoppez à l’aide de votre main. Stéphane ne semble pas en avoir. Mathilde est peut-être encore un peu timide ils ne sont que dans la rue. Sa proximité physique lui permet de constater que le roulement opéré par son arrière train quand il marche est tout simplement… magique. Elle qui se moquait de ses copines de lycées qui hurlaient dès qu’un beau garçon leur faisait de l’œil, la voici quelques années plus tard sujet à ces mêmes cris de joies, mais intérieurs, tout de même.
De retour dans la salle de cour, Stéphane et Mathilde se réinstalle à côté. Mathilde ne parvient pas à écouter le cours, qu'elle trouve barbant au passage, et Stéphane n’est pas en reste à ce sujet. Il faut dire que Mathilde semble prendre un malin plaisir à remuer légèrement ses petites mains. Ces mouvements l’hypnotisent. En faisait mine de se replacer dans son fauteuil en se déhanchant, l’une de ses petites jambes raides vient toucher la cuisse de Stéphane.
_Oh désolé !
_Ce n’est rien.
Stéphane n’est sûr de rien, si il se trompe il va le regretter, car quand une fille se braque, en général elle ne revient pas sur sa décision. Il prend donc délicatement son pied maladroit pour le replace à une distance plus neutre. La chaleur de son pied le trouble à nouveau. Ce pied, il le gardera à l’œil quelques minutes. Si ce geste était vraiment involontaire, il restera à bonne distance, si jamais il se rapproche, c'est que son *********** l’a fait se rapprocher à nouveau. Quitte à jouer, Stéphane recule légèrement sa chaise, ainsi il peut observer sa jambe et la voir arriver si jamais elle arrive un jour. En attendant Stéphane s’interroge sur son excitation. Ce qui lui plaît et ce qui lui a toujours plût en observant des femmes ayant une particularité physique c'est de voir la ou les dites particularités. Pour lui les mains de Mathilde ou ses pieds sont des sources d’excitation au même titre que la vue d’une poitrine dénudée chez n’importe quel homme hétérosexuel. Les particularités de Mathilde sont à nu, aucune barrière ne vient stopper son envie de les regarder, puisqu’elles sont là devant lui. Ce qui l’intéresse chez elle, c'est que sa tenue est principalement due à son handicap. Mathilde le lui a d’ailleurs dit qu'elle a besoin de liberté de mouvements. Un jean serré ne lui conviendrait donc pas. L’intrépide pied de Mathilde est reparti loin de sa cuisse, un peu comme pour s’empêcher d’y revenir. Mais quelques minutes plus tard, le voici qui revient innocemment. Stéphane décide de rapprocher sa cuisse de son pied, mais discrètement. Lorsque le pied de Mathilde rentre en contact avec la peau de la jambe de Stéphane, cela la surprend, elle ne l’imaginait pas si près. Que se passe t-il si elle ne dit ni pardon ni rien, si elle laisse son pied posé là, alors que le prof continue de déblatérer son cours devant un parterre d’élève en pleine digestion ? En tout cas Stéphane a beau sentir la chaleur du pied de sa voisine, sur sa cuisse, il ne la bouge pas. Mathilde tente une audacieuse, subtile, mais perceptible caresse. Stéphane se doute de ce qui a amené Mathilde à effectuer ce geste déplacé, parce que tout même ils sont en cours ! C’est son massage dans les toilettes de ce restaurant. Il va finir par croire que les fantasmes peuvent être devinés par les personnes réceptives, les bonnes personnes. Il prend donc le pied de Mathilde dans sa main pour le remettre à sa place, sans pour autant le lâcher une fois à sa place. Le geste est moins connoté, mais plus explicite à présent. La fin du cours risque d’être longue.
Mathilde cherche son regard, et quand elle le trouve, elle écarte ses lèvres pour exhiber sa dentition, en sommes pour lui faire son plus beau sourire. C'est sûr après le cours il y aura… mais en attendant il y a le cours. Stéphane aussi pense à ce qui va bien pouvoir se passer et se dire après le cours. Comment est-ce possible que l’un de ses fantasmes puissent se réaliser aussi facilement ? Et si il lui disait qu'il adore ses petites mains, le prendrait-elle pour un pervers ?
De son côté Mathilde se demande si Stéphane lui caresse le pied pour être tranquille, ou va t-il assumer même après le cours. Et elle, sera t-elle capable de se dévêtir face à lui ? Elle a dû brûler es étapes, même dans les films ça ne va pas aussi vite ! Il est peut-être temps pour elle de commencer à réfléchir à ce qu'elle veut faire ou lui proposer, car elle se sent bien de mener la danse en fait. Elle ne se connaissait pas dominatrice, mais elle aimerait l’emmener chez elle, car c'est quand même là qu'elle se sent le mieux. Elle se mettrait en petite tenue, le provoquerait certainement. Mais si c'était un pervers ?! Elle aurait certainement le premier mot, le premier geste mais pas le dernier. Un pervers lui aurait déjà mis la main au panier se dit-elle, alors que Stéphane a toujours sa main gentiment posé sur son pied. Son pouce fait tout juste quelques allers-retour pour caresser sa peau. Le cours se termine enfin. Tout le monde sort et une fois qu'ils sont à bonne distance du reste des élèves, Mathilde dit :
_Je ne me suis pas trompé ? Je veux dire pour ce qui s'est passé, le massage et en cours, je ne t’ai pas forcé la main ?
_Non, du tout, du tout, je suis d’accord, enfin je veux dire même si ça a été rapide j’aurai certainement fini par faire en sorte que ça arrive.
_Cool, voilà je me disais que enfin si t’es d’accord qu’on pourrait aller chez moi, je me sentirai plus à l’aise.
_Parfait, je te suis.
Stéphane voudrait tellement, mais ne se voit pas lui dire quelque chose du genre, je te trouve magnifique, et ton handicap n’y est pas pour rien. Ce serait brutal, voir irrespectueux. Il faut croire que Mathilde est assez lucide, certains diraient même clairvoyante.
_Je voulais savoir Stéphane, mon corps hors norme on va dire y est pour quelque chose dans tout ça ? Ne cherche pas à m’épargner, je suis au courant que ça existe, je n’y ai simplement jamais été confronté en direct c'est tout.
Stéphane soulagé que ce soit elle qui ai abordé le sujet :
_Non, ça n’y est pas pour rien, mais sans conversation je me serai contenter de te regarder.
Ça me fait du bien de savoir que mes difformités ne te dérangent pas.
Mathilde suivi de Stéphane se dirige donc vers son domicile. Ils franchissent la porte du hall, empruntent l’ascenseur. La tension est telle, que ni l’un ni l’autre ne tentent quoi que ce soit dans la cage.
Une fois sortie de l’ascenseur, il n’y a plus que le couloir du palier qui les séparent de son appartement. Mathilde déverrouille sa porte en tenant ses clefs entre ses petites mains. Stéphane entre après elle, referme la porte derrière lui. Mathilde a une boule dans la gorge, le ventre en coton, et se dirige vers son canapé. Elle ne se voit plus dominer, elle veut simplement être contre cet homme qui l’accepte comme elle est.
De son côté, Stéphane n’en demande pas plus. Il n’a jamais ressenti l’envie de se jeter sur une femme ; les femmes handicapées ne font pas exception.
Mathilde se transfert donc sur son canapé en cuir blanc, et invite Stéphane à faire de même. Stéphane la regarde de la tête aux pieds, ouvertement, en se sachant regarder lui aussi. Il n’a encore jamais vu ses jambes se tendre, ses genoux paraissent plus gros que « la normale », quand il arrive à ses mains, Mathilde les bougent pour l’exciter encore un peu plus. Cette fois c'est le moment, il approche ses lèvres des siennes, jusqu’à ce qu’elles entrent en contact. C'est la première fois que Mathilde embrasse, alors comme tout le monde, elle ne sait pas vraiment comment faire, cherche et trouve son rythme de croisière. Stéphane a posé sa main sur son genou, la chaleur ressentie tout à l’heure dans les toilettes n’est rien à côté de celle qu'elle ressent à présent. Il semblerait que son sexe soit rentré en fusion à tel point que de la lave s’écoule entre ses jambes. Ses petites mains cherchent à rentrer en contact avec le corps de Stéphane. C'est son crâne qu’elles touchent en premier. Stéphane n’a jamais ressenti six doigts à la fois le toucher, la différence se ressent tout de suite, et cet élément participe grandement à l’accroissement de son érection. Depuis le début de leur baiser leur deux corps se sont rapprochés l’un de l’autre, bientôt la main de Stéphane se pose sur son ventre. En plus de tous les frissons et autres manifestations hormonales Mathilde ressent le besoin de retirer sa petite culotte, tout simplement parce qu’elle est trempée. Par solidarité vestimentaire, Stéphane se déshabille également, et pour ne pas y revenir Mathilde retire finalement son haut noir dépourvue de décolleté. C’est la première fois qu’elle se retrouve nu face à un homme qui l’est tout autant. La vue de sa verge l’impressionne.
_Je crois comprendre pourquoi tu aime regarder ce qui est différent chez moi. Lui dit-elle en regardant sa verge érectile.
Stéphane comprend aussi où elle veut en venir. Elle admire chez lui ce qu'elle n’a pas, tout comme il admire ce qui est différent chez elle. Pour rendre la chose la plus ludique, Stéphane se met à contracter son sexe pour le faire bouger de bas en haut. Mathilde a dû mal à contenir l’émotion que cela lui procure. Si on les quitte deux minutes, en regardant ce sexe bouger, Mathilde ressent des sensations similaires à celles de Stéphane quand il regarde ses petites mains bouger.
Mathilde a beau voir ce sexe pour la première fois, et malgré les quelques vidéos porno qu'elle a pu voir, elle sait par instinct où est la place de ce sexe : en elle. Cette pensée coupable naît en elle, ou plutôt se réveille comme un réflexe psychique enfouit depuis des millénaires dans sa mémoire cellulaire.
_Je ne l’ai jamais fait. Lui dit-elle comme un timide avertissement.
Cette phrase correspond au moment ou la main de Stéphane était en train de remonter sa cuisse. Stéphane se dit d’ailleurs que c'est assez marrant que seul son regard s’arrête sur ses malformations, alors que son toucher se concentre sur les zones érogènes et sexuelles, qui sont chez Mathilde tout à fait « normales ». Ses seins possèdent des tétons assez épais, de couleur rosé, et non marron comme c'est parfois le cas. Stéphane l’embrasse à nouveau après l’avoir rassuré quand à son éventuelle première fois, parce que lui n’est pas adepte du premier soir. Mathilde a tant de nouvelles choses à découvrir qu'il ne lui est pas nécessaire de tout faire tout de suite. Au moment où il l’embrasse à nouveau en posant délicatement ses mains sur sa poitrine, Stéphane sent que son sexe est en train de se faire prendre dans un doux et chaud étau de chair. Mathilde a désormais son sexe entre ses pieds. C'est la première fois que des pieds nus entourent sa verge, une sensation nouvelle et excitante pour lui. Mathilde en écoutant ses réflexes commence à effectuer des mouvements de va et viens, et dans le même temps, ses hanches à elle se mettent à en faire de même. Comme si quelque chose la démangeai dans son corps, qu'une énergie devait en sortir. Ces câlins vont durer plus d’une heure, avant que ne commence les confidences. Stéphane lui raconte la rencontre avec cette femme née sans jambe, puis l’épisode avec son institutrice. Quand à elle, elle lui fait part de son goût pour les images et vidéos porno. Mathilde lui confie également qu’à partir où elle est chez elle, elle passe le plus clair de son temps nue. Plus petite elle avait tendance à se dénuder à l’école par exemple, car ses vêtements la gênaient. Les remarques des adultes ont fini par lui faire imaginer que sa manie faisait d’elle une petite fille bizarre.
Stéphane la rassure en lui disant que c'est tout à fait normal, seulement les adultes cherchaient à la protéger des pervers qu'elle pourrait rencontrer.
5年前